Une petite histoire et une appréciation critique du mythique studio, suivies de la liste de toutes les chroniques des films Hammer sur ce site

Une courte histoire de la Hammer

La préhistoire de la Hammer débute dans les années 30. A l’origine un bijoutier londonien, William Hinds (1887-1957). Parallèlement, il était également actif sur les planches dans le théâtre et le music hall. Comme nom de scène il choisit Will Hammer (en référence au quartier londonien d’Hammersmith où il vit). Après avoir été également impresario, il fonde au début des années 30, Hammer Productions Ltd.

La compagnie sort son premier film en 1935 “The Public Life of Henry the Ninth”, une comédie à petit budget (aujourd’hui perdue) qui avait apparemment, d’après son titre au moins, pour ambition de surfer sur la vague du triomphe de “The Private Life of Henry VIII” d’Alexander Korda, sorti deux ans plus tôt. Sortent ensuite une poignée de films dont “Song of Freedom” avec Paul Robeson et “The Mystery of the Mary Celeste” avec Béla Lugosi.

Hinds fait à cette époque la connaissance d’un émigré espagnol, Enrique Carreras, qui possède une petite chaine de distribution, Exclusive Films. Ils décrochent ensemble les droits de ressortie de vieux films des années 30 produits par Alexander Korda à travers “London Films”.

Si la première version de la Hammer ferme ses portes en 1937, Exclusive Films prospère, et le fils d’Enrique, James Carrera, ainsi que le second fils de Hinds, Anthony “Tony” Hinds, font revivre la marque Hammer en 1946-47 en tant que société de production rattachée à Exclusive Films sous le nom de “Hammer Film Productions”.

Pour débuter, ils produisent des ‘quota-quickies’, ces fameux films à petit budget ne dépassant pas une heure, et ayant pour vocation de compléter la projection de films plus importants. Ils tournent alors à Marylebone Studios des films criminels et surtout trois films ayant pour héros Dick Barton et adaptés d’une série radio à succès de la BBC.

En 1951, ils s’installent à Down Place sur les bords de la tamise, bientôt baptisé “Bray Studios”. Le premier film de la Hammer à y être tourné sera “Cloudburst”. La signature d’un contrat avec le producteur Robert Lippert  en 1950 donnera lieu à la production de quatorze films noirs, généralement avec des stars américaines sur le retour. Plusieurs de ces films, tournés entre 1951 et 1955, seront signés par un certain Terence Fisher (le futur réalisateur star du studio).

En 1955, la Hammer fait son premier grand coup d’éclat en décidant d’adapter la première série britannique originale écrite pour le petit écran, la mini-série d’horreur et de SF “The Quatermass Experiment” qui a fait sensation durant l’été 1953. Le film “The Quatermass Xperiment”, réalisé par Val Guest, et sorti en 1955, est un très grand succès.

C’est deux ans plus tard que sort le premier film d’horreur gothique de la Hammer, “The Curse of Frankenstein” (1957). Genre qui garantira par la suite une aura mythique au studio et lui donnera ses plus grands succès commerciaux. Les meilleurs films du genre seront souvent réalisés par Terence Fisher, écrits par Jimmy Sangster et avec Peter Cushing en tête d’affiche (et Christopher Lee en second rôle puis en tête d’affiche à partir de 1961).

Même à cette époque où triomphe l’horreur gothique avec plusieurs “cycles” (Frankenstein, Dracula et, en moindre mesure, la Momie), la Hammer continue de se diversifier, produisant des comédies, des thrillers psychologiques, des films criminels, des films d’aventure ou encore des films de guerre.

Mais les années 60 sont aussi une période difficile pour le studio largement dépendant d’une distribution américaine, toujours difficile à négocier et à obtenir. Comme pour le reste du cinéma britannique, les fonds américains commencent à disparaitre à la fin des années 60 alors qu’Hollywood elle-même connait la crise.

Les années 70 commencent avec la vente des mythiques studios Bray (mais ça faisait déjà quatre ans que la Hammer n’y tournait plus). La firme tente de se donner un coup de jeune en multipliant les expérimentations (notamment dans le mélange des genres), mais sur son coeur d’activité, l’horreur, son style a pris un sacré coup de vieux après la sortie de “Rosemary’s Baby” de Polanski et de “The Night of the Living Dead” de Romero, tous deux sortis en 1968.

Tandis que même en Angleterre, d’autres sociétés de production lui font de l’ombre sur le genre horrifique, principalement depuis la deuxième moitié des années 60 : Tigon British Film Productions (1966-1973) et Amicus Productions (1962-1973) qui ont souvent recours aux mêmes réalisateurs et mêmes stars. Et qu’en Europe, les Italiens et Espagnols ne se montrent pas manchots non plus quand il s’agit de faire peur et signent de de très belles productions gothiques. Quant aux gialli italiens, ils puisent aux même sources que la Hammer pour ses thrillers psychologiques : “Les diaboliques” de Clouzot, “Psycho” d’Hitchcock et “Peeping Tom” de Powell.

Le dernier film produit par la Hammer sera un remake du film de Hitchcock “The Lady Vanishes” en 1979. Dans les années 80 la marque survivra grâce à deux séries d’anthologie : “Hammer House of Horror” (13 épisodes, 1980) et “Hammer House of Mystery and Suspense” (13 épisodes, 1984).

En 2008, la firme ressurgit d’entre les morts, se concentrant exclusivement sur l’horreur, avec une mini-série “Beyond the Rave” (4x20mn) diffusée sur le défunt réseau social MySpace. Puis revient à la production de films avec une co-production “Wake Wood” en 2009. Le film de la nouvelle Hammer a avoir connu le plus de succès pour l’instant reste “The Woman in Black” (2012) notamment grâce à la présence au générique de Daniel (Harry Potter) Radcliffe.


Une appréciation critique

Pendant longtemps, la Hammer, société spécialisée dans la production de films populaires, a fait l’objet d’un véritable rejet d’une vaste majorité de la critique. Il n’est pas facile de trouver des critiques contemporaines à la sortie des films qui ne soient pas méprisantes ou condescendantes.

Mais aujourd’hui les choses ont bien changé. La Hammer est l’une des sociétés de production à avoir généré le plus grand nombre d’articles, d’ouvrages et d’études académiques.

Un revirement dû à un regard neuf posé par une nouvelle génération de critiques sur les films produits par la Hammer. On peut bien entendu saluer le nombre de films, dans des genres très divers, produits par la firme. Et leur expertise en matière de rentabilisation des décors (n’hésitant pas à les utiliser sur plusieurs films) et plus globalement leur maitrise quasi scientifique des coûts de production. La souplesse et la rapidité d’adaptation de la Hammer expliquent en bonne partie sa longévité.

Mais ce qui a fait son succès sur le long terme, et sa reconnaissance postérieure par les critiques, est le savoir-faire que la Hammer a su imposer comme image de marque. Même avec des budgets limités tenus d’une main de fer, des scénarios qui tirent parfois vers le clonage pur et simple, sans parler d’une bonne dose d’opportunisme, la firme a su constituer une qualité globale et une cohérence qui s’expliquent par le fait qu’elle a rassemblé une véritable “famille”, avec des réalisateurs, techniciens et acteurs fidèles, capables de tirer le meilleur du peu qu’on leur donnait.

Grâce aux efforts cumulés de tous ces individus, dont certains extrêmement talentueux, je pense que si la Hammer  a produit parfois de mauvais films, elle n’a jamais produit de films nuls, ou de films si mauvais qu’ils en deviennent bons (les fameux “nanars”).

Alors que la Hammer tirait son inspiration de diverses sources (la firme n’a pas après tout inventé le cinéma gothique), Il y a un véritable style de la Hammer qui s’est imposé, et Hammer représente aujourd’hui ce versant de qualité de la production cinématographique populaire qui n’est pas aussi courrant qu’on l’aimerait.


Films de la Hammer chroniqués sur ce site

Films de la première période (1935-1937)

Song of Freedom (1936)

Films de la période classique (1947-1979)

Aventures

The Stranglers of Bombay (Les étrangleurs de Bombay, 1959)
The Terror of The Tongs (L’empreinte du dragon rouge, 1961)
Captain Clegg (Le fascinant capitaine Clegg, 1962)
One Million Years B.C. (Un million d’années avant J.C., 1966)
Captain Kronos – Vampire Hunter (Capitaine Kronos, 1974)

Comédie

The Anniversary (1968)
The Horror of Frankenstein (Les horreurs de Frankenstein, 1970) CYCLE FRANKENSTEIN FILM 6

Crime 

The Flanagan Boy (1953)
Five Days (1954)
Face the Music (1954)
The Glass Cage (1955)
Hell is a City (Un homme pour le bagne, 1960)
Cash on demand (1961)

Horreur

The Curse of Frankenstein (Frankenstein s’est échappé, 1957) CYCLE FRANKENSTEIN FILM 1
Dracula (Le cauchemar de Dracula, 1958) CYCLE DRACULA FILM 1
The Gorgon (La gorgone, 1964)
The Curse of the Mummy’s Tomb (Les maléfices de la momie, 1964) CYCLE THE MUMMY FILM 2
The Plague of Zombies (L’invasion des morts vivants, 1966)
Rasputin: The Mad Monk (1966)
Dracula, Prince of Darkness (1966) CYCLE DRACULA FILM 3
The Witches (Pacte avec le diable, 1966)
Mummy’s Shroud (Dans les griffes de la momie, 1967) CYCLE THE MUMMY FILM 3
Dracula Has Risen from the Grave (Dracula et les femmes, 1968) CYCLE DRACULA FILM 4
Frankenstein must be destroyed (Le Retour de Frankenstein, 1969) CYCLE FRANKENSTEIN FILM 4
Taste the Blood of Dracula (Une messe pour Dracula, 1970) CYCLE DRACULA FILM 5
Scars of Dracula (Les cicatrices de Dracula, 1970) CYCLE DRACULA FILM 6
Countess Dracula (Comtesse Dracula, 1971)
Dr Jekyll and Sister Hyde (1971)
Lust for a vampire (La soif du vampire, 1971) THE KARNSTEIN TRILOGY FILM 2
Hands of the Ripper (La fille de Jack L’éventreur, 1971)
Vampire Circus (Le cirque des vampires (1972)
Straight on Till Morning (1972)
The Legend of the 7 Golden Vampires (Les sept vampires d’or, 1974) CYCLE DRACULA FILM 9
To The Devil a Daughter (Une fille pour le diable, 1976)

Guerre

Yesterday’s Enemy (Section d’assaut sur le Sittang, 1959)

SF & HORREUR SF

The Quatermass Xperiment (Le monstre, 1955)
Quatermass II (La marque, 1957)
The Damned (1963)
Moon Zero Two (Alerte satellite 02, 1969)

Thrillers

Cloudburst (1951)
The Snorkel (L’homme au masque de verre, 1958)
The Full Treatment (Traitement de choc, 1960)
Never Take Sweets from a Stranger (1960)
Maniac (1963)
Paranoiac (1963)
The Nanny (Confession à un cadavre, 1965)
Fanatic (1965)
Fear in the Night (Sueur froide dans la nuit, 1972)

Films de la période actuelle (2009-)

The Woman in Black (La dame en noir, 2012)
The Quiet Ones (Les âmes silencieuses, 2014)

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