Un film de pirates tourné à 100% en Angleterre et sur le sol des vaches, mais qui réussit sans problème à donner le change. Un excellent film d’aventures de la Hammer 

The Pirates of Blood River (1962)

(L’attaque de San Cristobal)

Réalisé par John Gilling

Ecrit par John Gilling et John Hunter d’après une histoire de Jimmy Sangster

Avec Kerwin Mathews, Glenn Corbett, Christopher Lee, Oliver Reed, Andrew Keir, Marla Landi,…

Direction de la photographie : Arthur Grant / Production design : Bernard Robinson / Direction artistique : Don Mingaye / Montage : Eric Boyd-Perkins / Musique : Gary Hughes

Produit par Anthony Nelson Keys pour Hammer Films et Columbia Pictures Corporation

Aventure

87mn

UK

Au XVIIIe siècle, des Huguenots, fuyant la persécution, se sont réfugiés sur une île. Mais les lois de la colonie virent vers la dictature et l’intégrisme religieux. Petit-fils du fondateur, Jonathon (Kerwin Mathews) se retrouve devant le tribunal pour avoir commis un adultère et condamné à 15 ans de travaux forcés. Jonathon ne tarde pas à fuir et tombe sur des pirates récemment arrivés sur l’île et menés par le capitaine LaRoche (Christopher Lee). Ce dernier se dit prêt à aider Jonathan s’il les amène au campement.

Quand le producteur de la Hammer, Michael Carreras, demande à son scénariste fétiche, Jimmy Sangster (auteur des triomphes gothiques de la firme), de réfléchir à un scénario pour un film de pirates, il lui donne un impératif : oublie le navire, on n’a pas les moyens. Ni d’ailleurs de décors exotiques. Tout sera filmé aux studios de Bray et aux alentours. L’idée de “The Pirates of the Blood River” est né de ces restrictions.

Sangster livre un pitch ingénieux qui permet de limiter les frais. Pas de mer, une rivière c’est plus simple à gérer ! Encore que… Le tournage a lieu en partie dans le parc de Burnham Beeches, près d’Egypt (non pas le pays mais le hameau du Buckinghamshire !), à une heure de Londres. Mais il se trouve que la rivière a été polluée. Evidemment c’est moins pire que les piranhas qu’elle est censée abritée dans le scénario mais ça créera plusieurs problèmes, dont un refus des cascadeurs d’y mettre les pieds et des problèmes de santé pour Oliver Reed et Christopher Lee.

C’est en tout cas tout à l’honneur des équipes de la Hammer de réussir à rendre crédible un film de pirates tourné dans de telles conditions. Et dans le genre, “The Pirates of the Blood River” est un grand succès. Le film à ce qu’il faut d’action (ah le fameux duel à l’épée à l’aveugle) et de personnages secondaires bien développés (notamment le chef du campement huguenot et père de Jonathan, incarné par Andrew Keir et qui finalement a perdu son âme en donnant sa priorité au trésor et aux “valeurs” de la communauté plutôt qu’à ceux qui la composent.

Christopher Lee fait un parfait pirate, cupide plus que cruel. Dans le rôle du héros, l’Américain Kerwin Mathews était un habitué des films de cape et d’épée et d’aventures. Quelques années plus tôt, il endosse le rôle principal dans plusieurs films aux effets spéciaux produits par le légendaire Ray Harryhausen’ : “The 7th Voyage of Sinbad” (1958), “The 3 Worlds of Gulliver” (1960) ou encore “Jack The Giant Killer” (1962). Sous contrat avec la Columbia, il tourne deux films pour la Hammer, celui-ci donc et dans le thriller “Maniac” (1963).

Le rôle principal féminin, la Hammer Girl, est ici Marla Landi, une italienne installée à Londres et devenue un mannequin très populaire dans les années 50. Elle a rapidement fait ses débuts en tant qu’actrice, alternant cinéma et télévision. Son rôle le plus marquant sur grand écran reste celui de Cecile dans “The Hound of Baskerville” (1959). Ici son personnage est plus classique, soeur et amoureuse d’abord, mais elle sait quand même manier le fusil si besoin.

C’est aussi un plaisir de voir “The Pirates of the Blood River” dans sa version intégrale. Le film était à l’origine sorti en Angleterre en double affiche familiale avec “Mysterious Island” (1961). La Columbia avait imposé que “The Pirates of Blood River” décroche un certificat “U” tout public. Or la première version du film avait décroché un “X” (interdit aux moins de 16 ans) que la Hammer avait réussi à faire passer en “U” (mineurs de moins de 16 ans accompagnés) en faisant des coupes franches. Autant dire que la version longtemps diffusée au Royaume-Uni était tronquée sur de nombreux points (pas de sang dans les attaques de piranhas, pas de référence à l’adultère, duel écourté, châtiments dans le bagne supprimés,…).

Malgré tout, “The Pirates of the Blood River” va être un très gros succès de la Hammer et va pousser la firme à signer plusieurs autres films de capes et d’épées dans les annes suivantes (“The Scarlet Blades”, “The Devil-Ship Pirates”,…).

La version X de “The Pirates of the Blood River” vaut en tout cas son pesant de cacahuètes épicés. D’autant que l’éditeur anglais Powerhouse a sorti une très belle version blu-ray dans sa collection indicator (coffret “Hammer – volume five, Death & Deceit” qui comprend trois autres raretés), avec des sous-titres anglais optionnels et de nombreux bonus (non sous-titrés).

Blu-ray UK. Studio Powerhouse, collection Indicator (2020). Version originale avec sous-titres optionnels en anglais. Bonus : livret de 36 pages, interviews, différences entre les version “A”, “U” et “X”,…. 

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