Dirk Bogarde est né en 1921 d’un père directeur artistique du « Times » et d’une mère ancienne actrice. Il a lui-même débuté au théâtre à 16 ans et a tourné son premier rôle (non crédité) pour le cinéma en 1939. Mais la guerre va l’amener en France, en Allemagne et jusqu’en en Asie. A la fin du conflit, il a 25 ans et a du mal à trouver du travail. Mais quelques succès au théâtre vont lui permettre de se faire repérer et de passer sur grand écran (contre l’avis du dramaturge Noël Coward !) grâce à un contrat avec la Rank. Il joue dans des films parfois anodins mais qui lui permettent d’acquérir de plus en plus d’expérience. Son rôle de jeune délinquant tueur de policier dans « The Blue Lamp » (1950) de Basil Dearden est très remarqué.

Bogarde n’hésite pas à alterner les rôles de gendre idéal avec ceux de tueur. Quitte à choquer. Il n’a pas peur d’être détesté, et fait de l’ambiguïté, l’une de ses marques de fabrique. Il est devenu l’acteur le plus populaire en Grande Bretagne avec le triomphe public de la comédie « Doctor in the House » (1954). La même année, il tourne un petit polar « The Sleeping Tiger » avec un réalisateur américain qui a fui le maccarthysme, Joseph Losey. Ils feront par la suite quatre autres films ensemble dont le classique « The Servant » (1963).

Dès la fin des années 50, Bogarde, qui a du mal avec son statut de star populaire, veut faire une pause. Et on peut le comprendre. Il a ainsi tourné pas moins de 14 films en 5 ans (dont quasiment cinq d’affilée avec le réalisateur Ralph Thomas) ! Désormais Bogarde remet en cause son contrat avec la Rank qu’il vit comme un piège. Après 14 ans de collaboration, l’échec critique de son western « The Singer Not the Song » (1961) où il s’affuble lui-même d’une tenue improbable (devenue depuis culte) l’enfonce dans un état dépressif, que renforce encore son passage raté à la « chanson » avec l’improbable disque « Lyrics for lovers » sorti chez Decca.

Heureusement, « Victim » (1961) où il retrouve le réalisateur Basil Dearden, marque un virage dans sa carrière. Alors que l’homosexualité est toujours condamnable pénalement en Angleterre, et qu’il vit lui-même avec un homme, Anthony Forwood, depuis la fin des années 40, il interprète le rôle d’un avocat marié qui subit un chantage du fait de son homosexualité et qui décide de ne pas céder aux maîtres chanteurs !

Les succès de ses collaborations avec Joseph Losey le poseront en acteur intellectuel capable de bien plus de subtilité qu’on ne lui en prêtait : « The Servant  » (1963), « King and Country » (1964) ou encore « Accident » (1967) vont permettre à sa carrière d’atteindre une autre dimension.

A la la toute fin des années 60, il s’installe en France et participe à des productions européennes. Il tourne ainsi pour Visconti (« Les Damnés » en 1970 et « Mort à Venise » en 1971), Alain Resnais (« Providence » en 1977) ou encore RW Fassbinder (« Despair » en 1978),… Preuve de sa liberté à l’époque, il joue également dans un film dont le sujet, une relation amoureuse entre un commandant nazi et une survivante de camp de concentration, garantissait des polémiques : « Il portiere di notte » (« Portier de nuit », 1974) de Liliana Cavan.

A partir de la fin des années 70, Bogarde ne tourne que sporadiquement pour la télévision et se consacre à l’écriture de ses mémoires (en sept volumes !) et à la peinture dans sa maison près de Grasse, en Provence. Il reviendra une dernière fois sur le grand écran en 1990 pour « Daddy Nostalgie » de Bertrand Tavernier.

Il est mort à Londres en 1999.

FILMOGRAPHIE COMPLETE

1990 Daddy Nostalgia (Daddy Nostalgie) de Bertrand Tavernier (France)
1987 The Vision de Norman Stone (UK BBC2) / TV
1986 May We Borrow Your Husband? de Bob Mahoney(UK) / TV
1981 The Patricia Neal Story (Acte d’amour) d’Anthony Harvey et Anthony Page (USA) / TV
1978 Despair de RW Fassbinder (WG/France)
1977 A bridge too far (Un pont trop loin) de Richard Attenborough (UK/USA)
1977 Providence d’Alain Resnais (Suisse/FR/UK)
1975 Permission to kill (La trahison) de Cyril Frankel (UK/AS/USA)
1974 Il portiere di notte (Portier de nuit) de Liliana Cavani (IT)
1973 Le serpent (Le serpent) d’Henri Verneuil (FR/IT/WG)
1971 Morte a Venezia (Mort à Venise) de Luchino Visconti (IT/FR/USA)
1970 Upon This Rock d’Harry Rasky (USA) TV
1969 La caduta degli dei (Götterdämmerung) (Les damnés) de Luchino Visconti (IT/Allemagne de l’Ouest)
1969 Justine de George Cuckor (USA)
1969 Oh! What a Lovely War (Ah! Dieu que la guerre est jolie) de Richard Attenborough (UK)
1968 The Fixer (L’homme de Kiev) de John Frankenheimer (UK)
1968 Sebastian (Les filles du code secret) de David Greene (UK)
1967 Our Mother’s House (Chaque soir à neuf heures) de Jack Clayton (UK)
1967 Accident (Accident) de Joseph Losey (UK)
1966 Blithe Spirit de George Schaefer (USA) TV
1966 Modesty Blaise de Joseph Losey (UK)
1965 Darling (Darling Chérie) de John Schlesinger (UK)
1965 The High Bright Sun (Dernière mission à Nicosie) de Ralph Thomas (UK)
1964 King & Country (Pour l’exemple) de Joseph Losey (UK)
1964 Little Moon of Alban de George Shaefer (USA)
1964 Hot Enough for June (X 13 agent secret) de Ralph Thomas (UK)
1963 The Servant de Joseph Losey (UK)
1963 Doctor in Distress (Docteur en détresse) de Ralph Thomas (UK)
1963 The Mind Benders de Basil Dearden (UK)
1963 I Could Go on Singing (L’ombre du passé) de Ronald Neame (UK/USA)
1962 The Password Is Courage d’Andrew L. Stone (UK/USA)
1962 We Joined the Navy de Wendy Toye (UK)
1962 H.M.S. Defiant (Les mutinés du Téméraire) de Lewis Gilbert (UK)
1961 Victim (La victime) de Basil Dearden (UK)
1961 The Singer Not the Song (Le cavalier noir) de Roy Ward Baker (UK)
1960 Song Without End (Le bal des adieux) de Charles Vidor (USA)
1960 The Angel Wore Red (L’ange pourpre) de Nunnally Johnson (IT/USA)
1959 Libel (La nuit est mon ennemie) d’Anthony Asquith (UK)
1958 The Doctor’s Dilemma (Le dilemme du docteur) d’Anthony Asquith (UK)
1958 The Wind Cannot Read (Le vent ne sait pas lire) de Ralph Thomas (UK)
1958 A Tale of Two Cities (Sous la terreur) de Ralph Thomas (UK)
1957 Campbell’s Kingdom (La vallée de l’or noir) de Ralph Thomas (UK)
1957 Doctor at Large (Toubib en liberté) de Ralph Thomas (UK)
1957 Ill Met by Moonlight (Intelligence Service) de Michael Powell (UK)
1956 The Spanish Gardener (Le jardinier espagnol) de Philip Leacock (UK)
1955 Cast a Dark Shadow (L’assassin s’était trompé) de Lewis Gilbert (thriller, UK)
1955 Doctor at Sea (Rendez-vous à Rio) de Ralph Thomas (comédie, UK)
1955 Simba de Brian Desmond Hurst (aventures, UK)
1954 The Sea Shall Not Have Them de Lewis Gilbert (Guerre, UK)
1954 For Better, for Worse de J. Lee Thompson (Comédie romantique, UK)
1954 The Sleeping Tiger (La bête s’éveille) de Joseph Losey (thriller, UK)
1954 Doctor in the House (Toubib or not toubib) de Ralph Thomas (Comédie, UK)
1954 They Who Dare (Commando sur Rhodes) de Lewis Milestone (Guerre, UK)
1953 Desperate Moment (Aventures à Berlin) de Compton Bennett (Thriller, UK)
1953 Appointment in London (Sa dernière mission) de Philip Leacock (Guerre/romance, UK)
1952 A Gentle Gunman (Un si noble tueur) de Basil Dearden (Thriller, UK)
1952 Penny Princess  (Fromage à gogo) de Val Guest (Comédie romantiqe, UK)
1952 Hunted (Rapt) de Charles Crichton (Drame/crime, UK)
1951 Blackmailed de Marc Allégret (Crime/Thriller, UK)
1950 The Woman in Question (La femme en question) d’Anthony Asquith (Mystère, UK)
1950 So Long at the Fair (Si Paris l’avait su) d’Antony Darnborough, Terence Fisher (Mystère / Drame, UK)
1950 The Blue Lamp (La lampe bleue) de Basil Dearden (Crime/drame, UK)
1949 Boys in Brown de Montgomery Tully (Crime/drame, uk)
1949 Dear Mr. Prohack de Thornton Freeland (Comédie romantique, UK)
1949 Once a Jolly Swagman de Jack Lee (Drame/Sport/Romance, UK)
1948 Quartet d’Harold French (UK)
1948 Esther Waters de Ian Dalrymple et Peter Proud (Drame, UK)
1947 Dancing with crime (uncredited) de John Paddy Carstairs (Crime, UK)
1947 Power without Glory de Chloe Gibson (Drame, UK TV)
1947 Rope de Stephen Harrison (Drame, UK TV)
1939 Come on George ! (uncredited) d’Anthony Kimmins (Comédie/musical, UK)

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