« The Vision » (BBC2, 1988) n’est pas des mieux rythmés et est un peu simpliste, mais reste un bon moment de télévision paranoïaque porté par d’excellents acteurs. 

The Vision (1988)

Réalisé par Norman Stone

Ecrit par William Nicholson

Avec Dirk Bogarde, Lee Remick, Eileen Atkins, Helena Bonham Carter,…

Photographie : Russ Walker / Montage : Tim Kruydenberg / Musique : Bill Connor (thème « Watch the skies » composé par Ken Howard)

Produit par David M. Thompson pour BBC Wales

1ère diffusion : le 9 janvier 1988 sur BBC 2 dans le cadre de l’anthologie « Screen Two »

Drame

104mn

UK

James Marriner (Dirk Bogarde) est un présentateur télé à la retraite, mais qui reste très populaire. Un jour, une nouvelle chaine de télévision satelitte « People Channel » prend contact avec lui. La directrice de l’antenne, une Américaine Grace Gardner (Lee Remick) lui porpose de revenir en pleins feux de l’actualité en étant la figure de proue de la chaine.

Un Network américain catholique, diffusant par satellite, tente de s’imposer en Grande Bretagne. Leur mission ? Créer une télévision pour tous, à l’écoute de tous. Pour symboliser ce message, la directrice de la chaîne, une américaine élégante Grade Gardner (Lee Remick) décide de faire appel à un vieux présentateur britannique, James Mariner (Dirk Bogarde). Celui qu’on surnomme « Gentle Jim » est une image paternaliste bienveillante, bref l’incarnation parfait du message de « People Channel ». Bon, Mariner n’a pas la foi, mais qu’importe ?

Mariner se demande s’il a fait le bon choix, car quand même ces gens sont un peu bizarres (« Nous sommes plus qu’une télévision » assène Gardner tout en parlant d’une « vision partagée par gens très puissants »). L’argent semble illimité (ils rachètent les droits du football anglais !). Et de fait, dans l’ombre, la chaîne mène une importante campagne de lobbying auprès du pouvoir britannique pour obtenir l’autorisation de diffusion. Des hommes surveillent les politiciens, les hommes et femmes influent(e)s pour découvrir leurs vices cachés et leurs talons d’Achille. Mais contre toute attente, ils se rendent compte que leur présentateur vedette a une maîtresse !

Au début des années 80, la télévision par satellite était la grande nouveauté de l’univers télévisuel. Et l’australien Rupert Murdoch investit très tôt dans le développement de cette nouvelle technologie de diffusion en Europe. Le 16 Janvier 1984, Sky Channel naît et deviendra quatre ans plus tard un Network. Difficile de ne pas faire la comparaison entre la personnalité controversée de Murdoch et Grace Gardner. Tous deux veulent peser sur les médias et la société par quelques moyens que ce soient, et se servent de leur influence et de leur argent pour récompenser leurs amis et détruire les autres.

Le discours, sur fonds de guerre froide et de perte des valeurs morales chrétiennes,  a certes un peu vieilli mais trouve des échos dans l’actualité. Remplacez la télévision par Internet, ceux qui ont le pouvoir tentent toujours de contrôler les médias (traditionnels ou sociaux) pour porter leur message !

« The Vision » fait partie de l’anthologie de BBC2, Screen Two, qui de 1985 à 2002 a proposé pas moins de 165 téléfilms aux téléspectateurs. Contrairement aux séries d’anthologie classiques de la BBC comme le mythique « Play for Today » (BBC1, 1970-1984), Screen Two ne proposait que des téléfilms tournés sur pellicule et d’une longueur d’un film de cinéma (au lieu d’une longueur habituelle d’une heure), s’inspirant largement de ce que faisait Channel 4 qui avait ouvert ses portes trois ans plus tôt et avait rompu la barrière entre télévision et cinéma avec Fim4.

Il n’est donc pas étonnant de retrouver dans ce téléfilm deux figures prestigieuses de l’écran, fûssent-elles vieillissantes. L’actrice américaine Lee Remick a toujours été très active à la télévision des deux côtés de l’Atlantique et s’était installée en Grande Bretagne en 1979. Dirk Bogarde pour sa part, a essentiellement tourné au cinéma, et n’avait pas tourné pour la BBC depuis 1947 (!) mais avait pris sa retraite du grand écran dès 1978 avec « Despair » de Fassbinder. Dans les années 80, il ne tournera que trois téléfilms dont celui-ci est le dernier. Il sortira une ultime fois de sa retraite avec « Daddy Nostalgie » pour Bertrand Tavernier. De même, bien que toute jeune (22 ans), Helena Bonham Carter avait déjà une carrière bien amorcée avec deux films « Room with a View » (1985) et « Lady Jane » (1986).

« The Vision » n’est pas des mieux rythmés et est un peu simpliste, mais néanmoins reste un bon moment de télévision paranoïaque porté par des excellents acteurs.

DVD UK. Studio Network (2017). Version originale avec des sous-titres anglais.

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