Une romance qui aurait pu virer au mélodrame le plus facile mais qui vaut bien mieux que sa triste réputation !

Esther Waters (1948)

Réalisé par Ian Dalrymple et Peter Proud

Ecrit par Michael Gordon et William Rose d’après le roman de George Moore

Avec Kathleen Ryan, Dirk Bogarde, Cyril Cusack, Ivor Barnard,…

Direction de la photographie : H.E. Fowle et C.M. Pennington-Richards / Direction artistique : Frederick Pusey / Montage : Brereton Porter / Musique : Gordon Jacob

Produit par Ian Dalrymple et Peter Proud

Drame / Romance

105mn

UK

Esther (Kathleen Ryan) est une servante dans une maison bourgeoise du Sussex et tombe enceinte de William (Dirk Bogarde). Celui-ci se marie avec une autre, et elle retourne alors à Lambeth, banlieue nord ouvrière de Londres où se trouve sa mère. Mais celle-ci est morte et Esther va devoir se battre pour survivre et élever son enfant. 

Esther Waters (Kathleen Ryan) se fait embauchée comme servante dans une maison bourgeoise dans le Sussex. Elle entre au service de Mrs. Barfield, une veuve dont le mari avait fait fortune dans l’élevage des chevaux et les paris. Mrs. Bartfield, très croyante désapprouve de ces affaires, mais elle laisse un certain William Hall (Dirk Bogarde) s’occuper des affaires. Esther va tomber amoureuse du beau jeune homme mais elle tombe enceinte !

« Esther Waters » est adapté d’un roman à succès de George Moore publié en 1894. C’est un roman réaliste qui traite du destin d’une jeune femme qui tombe enceinte hors mariage, une malédiction dans la Grande Bretagne victorienne (ces « fallen women » regroupent également les prostituées !). De nombreux autres romanciers se sont penchés sur le sujet, tels Thomas Hardy dans « Tess of the d’Urbervilles » (1891).

Contrairement à Tess, néanmoins, Esther s’est donnée volontairement à l’homme qu’elle aime. Et cela malgré qu’elle soit profondément croyante. Quand William la quitte pour la nièce de Mrs Bartfield, sans savoir qu’elle est enceinte, Esther décide de quitter l’endroit où elle travaille pour retourner dans sa famille (dans le roman elle est remerciée malgré sa bonne entente avec sa maîtresse, Mrs. Barfield, qui craint qu’elle ne donne un mauvais exemple aux autres bonnes).

Le retour à Londres sera cahotique. Sa mère est morte et elle est obligée de vivre dans un hospice et de faire des petits boulots notamment en tant que « wet nanny » (elle donne le sein à des nourrissons de familles riches). Séquence particulièrement glauque, dans une garderie, on lui propose de tuer son bébé pour 5 livres afin « de la libérer »…

La chance finit par tourner, et elle rencontre une âme compatissante à l’église : un évangéliste Fred (Cyril Cusack) qui la demande en mariage malgré le fait qu’elle ait un enfant. Mais quand William ré-aparait, elle décide de suivre celui-ci. William a divorcé, dirige désormais un pub et organise des paris de chevaux. Une vie loin des convictions pieuses d’Esther… Ne va-t-elle pas le regretter ?

Découverte dans le sublime « Odd Man Out » (1947) de Carol Reed, l’actrice irlandaise Kathleen Ryan porte le rôle de cette jeune domestique combative avec assurance et charme. A ses côtés Dirk Bogarde trouve son premier grand rôle au cinéma, moustache et costumes ridicules les jours de derby à l’appui ! Des critiques ont trouvé que la vulgarité du personnage du roman lui faisait cruellement défaut, c’est vrai que dans la seconde partie du film, il semble en tout cas un peu à côté du rôle. Le film fut une déception pour Bogarde et on peut le comprendre ! Aux côtés de Ryan et Bogarde, on retrouve également d’autres excellents acteurs comme Cyril Cusack, Fay Compton et Ivor Barnard.

« Esther Waters » n’a pas été très bien accueilli par la presse à l’époque, mais compense son intrigue pas toujours très convaincante par un casting solide, un refus de certains effets mélodramatiques et de belles séquences bien filmées. Il y a un contraste saisissant entre la campagne du Sussex et la banlieue ouvrière de Londres. Et les scènes de Derby, mi courses de chevaux, mi fête foraine et lieu de débauche, sont reconstituées avec soin. Bref, « Esther Waters » mérite mieux que sa triste réputation.

DVD UK. Studio Strawberry Media (2011). Version originale sans sous-titres

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