Un drame sur fond de conflit en Irlande du Nord. Un film noir qui prend fait et cause pour l’humain contre le politique.

A Gentle Gunman (1952)

(Un si noble tueur)

Réalisé par Basil Dearden

Ecrit par Roger MacDougall d’après sa pièce

Avec John Mills, Dirk Bogarde, Robert Beatty, Elizabeth Sellars, Barbara Mullen, Eddie Byrne ..

Directeur de la photographie : Gordon Dines / Direction artistique : Jim Morahan / Montage : Peter Tanner / Musique : John Greenwood

Produit par Michael Relph pour Ealing Studios

Crime/drame

86 mn

UK

Terence Sulivan (John Mills) doit participer à un attentat de l’IRA à Londres quand soudainement il disparaît. Mais quand son frère Matt (Dirk Bogarde) arrive à Londres et le remplace, il réapparaît et intervient pour neutraliser la bombe. Matt, qui ne peut supporter que son frère soit un traître, rentre en Irlande et décide de continuer son engagement auprès de l’IRA. 

Le film s’ouvre entre un discours envenimé entre deux docteurs, l’un Irlandais, l’autre Anglais, qui jouent aux échecs tout en parlant politique. Est-ce que leurs positions sont réconciliables ?

En plein blitz, l’IRA continue à faire exploser des bombes à Londres pour protester contre l’occupation britannique en Irlande du Nord. Alors qu’il est à Londres en train de préparer un attentat, Terence (John Mills) décide de rompre avec l’IRA. Mais ce n’est pas le cas de son jeune frère Matt (Dirk Bogarde) qui se rend à Londres pour pouvoir parler à son frère, et qui, quand il ne le trouve pas, décide de le remplacer pour aller poser une bombe dans le métro. Au dernier moment, Terence apparaît et jette la bombe sur les rails.

Les complices de Matt sont arrêtés et il doit s’enfuir pour rentrer en Irlande. Matt est désormais convaincu que son frère est un traître et il accepte une nouvelle mission avec une jeune recrue, Johnny (James Kenney). Mais Johnny reçoit une balle dans le dos quand il tente d’échapper aux soldats anglais. Terence, qui est rentré en Irlande clandestinement malgré les menaces sur sa vie, part récupérer son frère et Johnny et ils se rendent ensemble chez le médecin. Le chef local de l’IRA, Shinto (Robert Beatty) est furieux. Il est convaincu que Terence les a trahi plus d’une fois et qu’il va les dénoncer à la première occasion.

Voici un film des studios Ealing atypique puisque le sujet est ô combien politique et explosif ! Le film n’a pas été très bien accueilli à l’époque et c’est assez compréhensible. Les Anglais en prennent pour leur grade. Pour sa part l’IRA est personnifiée par le chef local Sinto, un personnage antipathique qui fait peu cas des vies humaines. Il n’est pas le seul. Maureen Fagan, enjeu amoureux entre Terence et Matt, soeur de Johnny, qui a également perdu son père pour la cause, pense que la mort pour l’Irlande vaut toujours mieux qu’une paix des lâches.

« The Gentle Gunman » n’est pas un film politique. On verrait de toute façon mal la Ealing prendre position sur le sujet ! Il n’essaie pas non plus d’expliquer le conflit dans toute sa complexité… les discours de chacun restent très simplistes.

C’est un film noir qui traite de ce qu’on veut ou pas sacrifier au nom d’une cause. Terence a décidé que la lutte contre les Anglais ne valait pas d’y perdre la vie. Et s’il continue encore à mettre sa vie en jeu c’est non plus pour sauver l’Irlande, mais dans l’espoir de sauver la peau de son frère. Et là par contre, on aurait aimé en savoir un peu plus sur les raisons qui ont poussées Terence à arrêter le combat armé et sur les liens qui unissent les deux frères. Leurs vécus respectifs restent très mystérieux.

Le scénario est signé par le dramaturge et scénariste écossais Roger MacDougall d’après sa propre pièce du même nom. Elle a déjà été portée sur petit écran deux ans plus tôt. Et ce n’était pas non plus son coup d’essai pour la Ealing. Il avait déjà signé pour le studio l’adaptation d’une autre de ses pièces l’année précédente avec « The Man in the White Suit » par Alexander Mackendrick (qui se trouve être son cousin).

A la réalisation, on retrouve un habitué du studio, Basil Dearden, qui déjà en 1947 avec « Frieda » avait montré qu’il ne détestait pas se saisir de sujets épineux. Et il va continuer dans les années 50 et 60 avec des films populaires sur fond de sujets complexes : « Violent Playground » (1958), « Life for Ruth » (1962),  « Sapphire » (1959) ou encore « Victim » (en 1961, à nouveau avec Dirk Bogarde).

Le casting de John Mills et Dirk Bogarde en frères irlandais peut surprendre ! Globalement si les acteurs principaux sont de nationalités très variées, pratiquement aucun n’est irlandais ! Les amateurs d’accent irlandais, et de réalisme, y trouveront sans aucun doute à redire !

Si l’on prend « The Gentle Gunman » pour ce qu’il est, un film noir sur fond de conflit, c’est une bonne pioche. Pas dépourvue de maladresses, mais qui vaut mieux que sa terne réputation critique.

DVD zone 2. Version originale sans sous-titres.

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