George Harrison et Denis O'Brien, les fondateurs de Handmade Films

George Harrison et Denis O’Brien, les fondateurs de Handmade Films – photo in « Very naughty boys », Robert Sellers (metro)

Quand en mars 1978, Lord Delfont, PDG d’EMI Films, décide abruptement d’annuler le financement de deux millions de livres promis à « Life of Brian » à quelques jours du début du tournage, personne n’aurait pu imaginer les conséquences d’une telle décision sur le cinéma britannique.

Life of BrianPeu après, le producteur John Goldstone s’envole pour Hollywood avec Eric Idle, l’un des Monty Python, dans l’espoir de trouver un financement américain. Mais les portes se referment l’une après l’autre. En désespoir de cause, Eric Idle décide d’appeler George Harrison, l’ex Beatles et fan des Monty Python, qu’il avait rencontré quelques années plus tôt en 1975 et était devenu un ami proche.

A la grande surprise de Goldstone et d’Idle, George Harrison leur propose de financer à lui tout seul le film, soit quatre millions de livres. « Le ticket de cinéma le plus cher de l’histoire » comme l’avouera lui-même Harrison quelques années plus tard.

Harrison demande alors à Goldstone et Idle de se rapprocher de son manager Denis O’Brien. C’est ce dernier qui conclura le deal pour le compte d’Harrison, créant par là-même une entité de production baptisée Handmade Films et installée dans les locaux d’EuroAtlantic, la société d’O’Brien, sur Cadogan Square à Londres.

« Life of Brian » sera un succès retentissant, se nourrissant de la polémique qui a entouré sa sortie.

Si Harrison n’a jamais voulu persévérer dans la production après ce coup de main à ses amis, Denis O’Brien réussit à le convaincre de continuer en mettant en avant les avantages fiscaux d’un investissement dans le cinéma.

Au début, Denis O’Brien fait tout pour convaincre les Pythons de continuer à sortir des films ensemble. Mais leur live à Hollywood en 1982 marquera leur dernière collaboration commune. O’Brien continue alors à produire des films solo portés par des ex membres des Monty Python. C’est ainsi le cas de « Time Bandits » (1981), deuxième film solo de Terry Gilliam, et qui triomphe aux Etats Unis, ou encore de « The Missionary » (1982) écrit et interprété par Michael Palin.

Alors que « Time Bandits » est entré en production, HandMade Films vient à la rescousse d’un autre film en perdition, « The Long Good Friday », lâché une fois fini par Black Lion Films (dirigé par Lew Grade, frère de Lord Delfont…. qui a lâché « The Life of Brian » !). Black Lion Films craignait que le « The Long Good Friday », qui aborde le sujet à l’époque brûlant du terrorisme irlandais, ne lui attire des problèmes. Handmade rachète alors le film pour 700.000 dollars et le sort sans la moindre coupure. Le film, qui fait de Bob Hoskins une star internationale, rencontre un grand succès critique et publique. Hoskins continuera à jouer un rôle important pour Handmade, en participant à « Mona Lisa » et « The lonely passion of Judith Hearne ».

Le premier échec de Handmade Films arrive en 1984 avec « Bullshot » de Dick Clement. Ce dernier ne porte décidément pas chance à Handmade puisqu’il signe également l’année suivante « Water », grosse production avec Michael Caine qui bénéficie l’implication directe de George Harrison…. ce qui ne l’empêche pas de sombrer aux box office. Ironiquement, c’est « A private function », une comédie bien plus discrète (avec Michael Palin et un… cochon, et scénarisée par Alan Bennett) sur laquelle O’Brien ne pariait pas un kopeck, qui rencontre le succès cette année.

En 1986, Handmade Films se lance dans un projet pharaonique réunissant pour la première fois à l’écran ensemble le couple le plus en vue de la planète : Madonna et Sean Penn. « Shangai Surprise » aurait dû être l’un des films les plus rentables des années 80, ce sera un cauchemar du début à la fin, notamment à cause d’un Sean Penn en pleine crise d’égocentrisme suraigu et d’une presse aux abois. Heureusement cette même année, le formidable « Mona Lisa » de Neil Jordan, avec Bob Hoskins et Michael Caine, relève le niveau.

Withnail and I « Withnail and I » (1987), premier film de Bruce Robinson, avec deux jeunes acteurs (Richard E.Grant et Paul McGann) sera quant à lui un petit succès à sa sortie, mais atteindra quelques années plus tard le statut de film culte.

En 1988, George Harrison reste confiant dans l’avenir de Handmade Films, même si le nombre de longs métrages produits par Handmade l’inquiète : « J’ai un côté Kamikaze et optimiste. Je dois avoir confiance dans le sens des affaires de Denis O’Brien et espérer qu’il ne mettra pas sur la paille ».

Les ambitions américaines de Handmade Films, continuent à gonfler sous l’impulsion de Denis O’Brien, et la compagnie se lancera dans quelques co-productions US désastreuses.

Les Monty Python furent les premiers à remettre en cause l’interventionnisme, l’autoritarisme et les méthodes de financement obscures de O’Brien peu après « Life of Brian ». En fait, O’Brien montera un véritable labyrinthe de financement offshore en s’appuyant sur la fortune personnelle de George Harrison. Il se fâchera également avec de nombreux réalisateurs en tentant d’imposer des coupes, ou en « oubliant » de re-verser l’argent dû sur les revenus des films.

Nuns on the runLe dernier film produit par Handmade Films sera « Nuns on the run » (1990), une comédie de Jonathan Lynn avec Eric Idle.

L’affaire se finit très tristement mais logiquement devant les tribunaux. George Harrison se retourne contre Denis O’Brien, estimant s’être fait escroqué de 25 millions de dollars. En 1998, la justice américaine attribue 11 millions de dollars de compensation à l’ex-Beatles. Somme qu’il n’a probablement jamais récupérée. O’Brien, devenu entre temps directeur de la succursale d’une banque américaine à Saint Louis, se cachant derrière son insolvabilité.

La société a changé plusieurs fois de mains, mais aucun projet notable n’a vu le jour depuis. Handmade Films reste néanmoins une société de production mythique, qui a donné sa chance à plusieurs réalisateurs débutants, et dont de nombreux films ont marqué l’histoire du cinéma britannique.

 

Principales productions :

Monty Python’s Life of Brian (1979), Terry Jones
The Long Good Friday (1980), John Mackenzie
Time Bandits (1981), Terry Gilliam
Monty Python Live at the Hollywood Bowl (1982), Terry Hugues
Scrubbers (1982), Mai Zetterling
The Misssionary (1982), Richard Loncraine
Bullshot (1983), Dick Clement
A private function (1984), Malcom Mowbray
Water (1984), Dick Clement
Mona Lisa (1986), Neil Jordan
Shangai Surprise (1986), Jim Goddard
Withnail and I (1987), Bruce Robinson
The lonely passion of Judith Hearne (1987), Jack Clayton
Track 29 (1988), Nicolas Roeg
Nuns on the run (1990), Jonathan Lynn