Un biopic convaincant d’Oscar Wilde qui se consacre comme ses prédécesseurs à ses dernières années et au scandale qui le fit tomber de son piédestal. Stephen Fry y trouve sans surprise son plus grand rôle

Wilde (1997)

(Oscar Wilde)

Réalisé par Brian Gilbert

Ecrit par Julian Mitchell d’après le livre de Richard Ellmann

Avec Stephen Fry, Jude Law, Vanessa Redgrave, Jennifer Ehle, Michael Sheen, Tom Wilkinson,…

Direction de la photographie : Martin Fuhrer / Production design : Maria Djurkovic / Montage : Michael Bradsell / Musique : Debbie Wiseman

Produit par Marc Samuelson et Peter Samuelson

Drame / biopic / Histoire / Romance

118mn

UK / Japon / Allemagne

Après un voyage aux USA, Oscar Wilde (Stephen Fry) revient à Londres et fait la connaissance de Constance (Jennifer Ehle) qu’il décide d’épouser. Ensemble ils ont deux enfants. Mais alors que son mariage s’enfonce dans la routine, l’ami du couple Robbie Ross (Michael Sheen) s’offre à Wilde, lui faisant découvrir son homosexualité. Lors de la première de “Lady Windermere’s fan” le 3 février 1892 au théâtre St James à Londres, Oscar Wilde fait la connaissance du jeune Lord Alfred (Jude Law). Leur relation affichée fait jaser, et le père d’Alfred, Lord Queensberry (Tom Wilkinson) menace de détruire Wilde et de couper les vivres à Alfred s’ils continuent à se voir.

La déchéance d’Oscar Wilde suite à sa condamnation pour homosexualité avait déjà été portée à deux reprises à l’écran dans deux films sortis en 1960 “Oscar Wilde” et “The Trials of Oscar Wilde“. 37 ans plus tard, voici donc “Wilde” qui revisite le scandale. Mais cette fois-ci, on a droit à un peu plus de contexte, puisque le film s’ouvre sur le voyage d’Oscar Wilde aux USA pour se poursuivre avec sa rencontre avec sa future femme, Constance, et la naissance de ces deux enfants.

Chaque film apporte sa version de l’histoire. Ici les procès, centraux dans les deux précédents films, sont rapidement traités. Contrairement aux deux premiers films, le rôle de Robbie Ross qui a fait découvrir son homosexualité à Oscar Wilde est montrée. De même qu’évidemment, l’homosexualité n’étant plus considérée comme un acte répréhensible depuis 1967, ici on nous montre Wilde a effectivement couché avec des hommes (alors que le doute pouvait être permis dans les deux précédents films).

Son amant, Lord Alfred, qui est la cause de sa déchéance, n’est pas montrée de façon aussi négative que dans “The Trials of Oscar Wilde”, et de même le père de celui-ci n’est plus montré comme un caractère démoniaque, même si son caractère violent est bien montré dans les trois adaptations. Sa mère, hystérique dans “The Trials…” et absente dans “Oscar Wilde” est ici bien plus protectrice et compréhensive.  Enfin, à la sortie de prison (cette période est ici un peu plus détaillée), c’est cette fois-ci son amie Ada qui vient l’accueillir et non plus son amie Robbie comme dans les deux films de 1960.

Ces différences montrent à quel point un biopic, pourtant censé être aussi fidèle que possible à la réalité est en fait l’objet d’une dramatisation, d’interprétation et de raccourcis qui in fine changent totalement la vision qu’on peut avoir de cette affaire, même si évidement tous prennent partie pour Oscar Wilde. Il est vrai que chaque film s’est appuyé sur des sources différentes. Ici c’est, plus que tout, la romance complexe entre Oscar Wilde et Lord Alfred qui est mise en avant.

“Wilde” est un biopic écrit avec soin. Il faut dire qu’il se base sur une biographie sortie en 1987, et qui a remporté le prix Pulitzer de la meilleure biographie. Par contre juste un petit éclaircissement : si l’on voit Wilde aller sur la tombe de sa femme Constance peu après sa sortie de prison (ce qui m’a fait du coup avoir un doute sur la date de sa mort), celle-ci est bien morte en fait un an plus tard – et non pendant qu’il était en prison.

Des choix sont bien entendus effectués mais dûs aux changements de moeurs par rapport à l’homosexualité, cette version est la plus précise que les deux biopics des années 60. Même si dans “Wilde”, on omet de préciser que certains de ses amants étaient mineurs (à l’époque l’âge de la majorité était à 21 ans) et qu’on n’aborde que rapidement le fait qu’on lui reproche d’avoir des amitiés avec des jeunes hommes d’un statut inférieur. C’est aussi le film qui se permet d’avoir la fin la plus “optimiste” (mais je vous en dirai pas plus).

“Wilde” qui comme tout biopic a donc des partis pris, reste un exemple réussi du genre. La reconstitution est soignée et surtout les producteurs ont parié sur l’un des acteurs les plus à même à l’époque d’incarner avec conviction Oscar Wilde, le comédien Stephen Fry. Si celui-ci, lui même homosexuel affiché, est aujourd’hui une institution en Grande-Bretagne, dans les années 90 il était encore surtout connu pour son duo à la télévision avec le future “Doctor House”, Hugh Laurie (“Blackadder“, “A Bit of Fry and Laurie” et “Jeeves and Wooster”) avec quand même une escapade réussie au cinéma dans “Peter’s Friends” en 1992.

Ce manque de tête d’affiche (de même Michael Sheen et Jude Law étaient alors encore au début de leur carrière), mais également la vie controversée d’Oscar Wilde, expliquent sûrement en bonne partie le succès moindre du film lors de sa sortie.

C’est d’autant plus dommage que Stephen Fry, parfois capable de se laisser aller au cabotinage, est ici parfait. Il est Oscar Wilde et porte le film par son interprétation remarquable.

DVD FR. Studio Une vidéo (2003). Version originale sous-titrée en français et version française.

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