Série comique culte des années 80, « Blackadder » lança la carrière de Rowan Atkinson et reste aujourd’hui l’une des sitcoms préférées des Britanniques

Blackadder, la vipère noire

Blackadder (1983-89)

Ecrit par Richard Curtis et Rowan Atkinson (saison 1) et Ben Elton (saisons 2 à 4)

Avec Rowan Atkinson, Tony Robinson, Tim McInnerny, Miranda Richardson, Stephen Fry, Hugh Laurie, Brian Blessed, Rik Mayall,…

Produit par John Lloyd

Diffusion originale entre 1983 et 1989 sur BBC1

Sitcom

UK

Sitcom culte des années 80, la série nous fait suivre les aventures d’un personnage central, répondant au doux nom d’Edmund Blackadder (Edmond Vipèrenoire en français) à travers diverses périodes historiques.

La série a été créée par Rowan Atkinson (qui interprète également le rôle principal) et Richard Curtis. Les deux comparses se sont rencontrés quand ils étaient encore étudiants à Oxford et ont collaboré notamment sur la série radio  » The Atkinson People » (1978) ou le show TV à sketch, devenu un classique de la télévision britannique,  » Not the Nine O’Clock News » (1979-1982).

Curtis et Atkinson retrouvent ici le créateur de « Not the Nine O’Clock News », John Lloyd qui assurera la production de toute la série. John Lloyd a débuté à la radio au début des années 70 et avait notamment co-écrit deux épisodes d’une série radio qui deviendra culte « The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy » (H2G2) de Douglas Adams. En tant que producteur, il a également oeuvré sur « Splitting Image » (l’ancêtre des Guignols de l’info) et le quizz-comédie animé par Stephen Fry « QI ».

« Blackadder » fait ses débuts à la télévision britannique le 15 juin 1983. Dans cette première saison, qui se déroule à la fin du Moyen Age, en 1485, Blackadder (Rowan Atkinson) est un personnage central peu ragoutant, voire horripilant. Blackadder (Lord Edmund Plantagenet de son vrai nom) est le fils illégitime du roi. Il est idiot, vil, lâche et assez logiquement méprisé par tous, sauf ses deux compagnons, encore plus stupides que lui : son serviteur Baldrick (Tony Robinson) et le nobliau dégénéré Lord Percy (Tim McInnerny).

L’action se déroule dans une version alternative de la réalité historique. Richard III (incarné par le légendaire comique anglais Peter Cooke) y est un monarque respecté et aimé de tous. Il gagne la bataille de Bosworth mais est tué par erreur par Blackadder qui a cru que c’était un ennemi tentant de lui voler son cheval ! Richard III n’a jamais assassiné ses neveux comme la légende le prétend et c’est donc Richard IV (Brian Blessed) qui lui succède au trône. Violent et intéressé seulement par les guerres, Richard IV n’a d’yeux que pour son fils Harry (Robert East) qui est censé lui succéder et ne se souvient jamais du nom de celui qu’il nomme l’avorton.

Constamment humilié par son père, son frère et en fait par à peu près tout le monde, Blackadder finira par craquer et fomenter un coup d’Etat. Evidemment, celui-ci se retournera contre lui de la plus sordide manière.

La première série de Blackadder mélange les faits historiques (la guerre des roses, les croisées) et les figures historiques, ne s’embêtant pas trop avec les détails et n’hésitant pas à pratiquer l’anachronisme. Les auteurs piochent également des bouts de dialogue dans l’œuvre de Shakespeare ici crédité en tant qu’auteur « des dialogues additionnels ».

Le résultat de cette première saison semble inabouti. Le personnage de Blackadder manque de subtilité et est tout à fait antipathique. Le spectateur rie des personnages mais jamais avec – car il n’a pas de personnages dont il puisse se rapprocher.

Cette faiblesse sera corrigée dès la deuxième saison, « Blackadder II« , où Rowan Atkinson laisse la plume à Ben Elton qui co-signera tout le reste de la série avec Richard Curtis. Ben Elton n’était pas un nouveau à la télévision britannique. Il avait déjà co-signé la sitcom mythique sur la jeunesse déjantée des années 80, « The Young Ones »(1982-84 pour BBC 2).

La deuxième saison de « Blackadder », diffusée au début de 1986 (le laps de temps entre les 2 saisons est notamment dû à la pression de la BBC pour réduire le coût de la série), change complètement la donne. Lord Blackadder y est un noble sans le sou, mais qui a ses entrées à la cour de la reine Elizabeth I (Miranda Richardson). Ce descendant de notre précédent Blackadder, est bien plus intelligent que son ancêtre mais tout aussi vil et adepte de la fameuse morale : la fin justifie les moyens. Il a aussi peu d’estime pour la populace que la cour, et ne cherche qu’une chose : humilier ses adversaires et tirer profit de l’imbécillité de son entourage et de ses adversaires.

Comme son ancêtre, il doit toutefois lutter pour sa survie, face à une reine très capricieuse qui aime couper les têtes de ses ex favoris. Un risque d’autant plus réel que le premier conseiller de la reine, Lord Melchett (Stephen Fry) n’apprécie pas du tout Blackadder. La constante rivalité entre les deux hommes est source de nombreuses situations comiques. Autre similitude par rapport à son ancêtre, Lord Blackadder se défoule de ses frustrations sur son serviteur Baldrick et sur Lord Percy. Les insultes et les traits d’esprit fusent à toute allure. Le nouveau Blackadder à l’esprit acéré et il adore s’en servir pour humilier ceux qu’il méprise (c’est à dire tout le monde).

Cette deuxième saison frappe fort et le public est largement conquis. La dynamique et l’ajout de personnages récurrents convaincants comme Lord Melchett, la Reine inconséquente et cruelle ou encore sa nounou folle à lier forment un bel ensemble. Des comédiens comiques réputés comme Hugh Laurie (qui connaîtra la gloire internationale en incarnant « Doctor House » pour la télévision américaine), ou Rik Mayall (issu comme Ben Elton de « The Young Ones ») viennent compléter le casting le temps d’un épisode.

Suite au triomphe public et critique de la deuxième saison, la BBC ne tergiverse plus. Une troisième saison, baptisée « Blackadder the third » arrive rapidement sur les écrans, en septembre 1987. On y retrouve bien entendu Blackadder mais cette fois-ci comme serviteur du prince (le futur George IV) qui deviendra le prince régent entre 1811 et 1820 suite à la folie de son père, George III. Le prince (joué par Hugh Laurie) est montré comme un parfait imbécile qui ne saurait même enfiler une chemise sans l’aide son serviteur. Bien entendu, Blackadder passe son temps à lui lancer des piques et à l’arnaquer… sans que le prince faible d’esprit ne se rende compte de rien. Comme dans les autres saisons, Blackadder peut compter sur Baldrick, ici l’homme à tout et rien faire, pour calmer ses nerfs.

Contrairement aux deux précédentes saisons, Blackadder finira par l’emporter, prouvant par la même que l’immoralité ne condamne pas à l’échec !

La quatrième saison, baptisée « Blackadder goes forth » et diffusée en 1989 se situe dans les tranchées en France durant la première guerre mondiale. Blackadder est un capitaine censé tenir les tranchées et obéir aux ordres d’un général idiot et incompétent, le général Melchett (Stephen Fry) qui tient ses quartiers dans un château à une cinquantaine de kilomètres des tranchées. Dans les tranchées, Blackadder a pour compagnon un second béatement belliqueux, le lieutenant George (Hugh Laurie) et son lamentable cuisinier, le soldat Baldrick.

Plus satirique que les saisons précédentes, cette saison se moque copieusement de l’armée britannique et utilise comme effet comique l’absurdité de la guerre des tranchées. D’ailleurs on ne voit jamais les adversaires Allemands, sauf dans un épisode ! Le terrain dévasté et miné qui les sépare de l’ennemi est juste connu sous le nom du « no man’s land ». Blackadder tente désespérément de rester vivant malgré la bêtise de son commandant, en essayant de retarder au maximum le moment de l’assaut qui les verra inévitablement mourir pour rien.

Avec ses quatre saisons et trois épisodes spéciaux, « Blackadder » est devenu un monument de la sitcom à l’anglaise, régulièrement propulsée dans les toutes premières positions de tous les sondages sur les meilleures sitcoms anglaises réalisées ces vingt dernières années.

Et pour cause. « Blackadder » est rempli de punchlines mythiques (dont la plus connue « I’ve got a cunning plan » généralement proférée par Baldrick et menant quasi inévitablement au désastre), et de dialogues percutants articulés par un casting regroupant les acteurs comiques les plus en vue des années 80.

Rowan Atkinson connaîtra la gloire internationale quelques années plus tard avec son personnage de Mr Bean, crée à la fin des années 70 mais qui débarque à la télévision en 1990 avec encore une fois Richard Curtis et Ben Elton à l’écriture sur certains épisodes, et qui au-delà de ses 15 épisodes télé connaîtra aussi deux transpositions sur grand écran en 1997 et en 2007.

Richard Curtis est depuis devenu pour sa part le héraut de la comédie romantique à l’anglaise en signant les scénarios de « Four Wedddings and a Funeral » (1994), « Notting Hill » (1999), passant en outre à la réalisation avec « Love Actually » (2003), « The Boat that Rocked » (2009) et « About Time » (2013)…

En France, « Blackadder » a été diffusée sur Arte au milieu des années 90 puis est sortie en quasi intégrale DVD chez TF1 Vidéo en 2003 (il manque deux des trois épisodes spéciaux). Le coffret est malheureusement très dur à trouver mais vous pouvez vous rabattre sur l’intégrale BBC (si votre anglais est suffisant pour vous contenter de sous-titres en anglais).

Coffret DVD zone 2 FR. Studio TF1 Vidéo (2003). Version originale avec des sous titres français. Bonus : Episode spécial « The Christmas Carol » (VOST)

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