Review of: Le cabotin
Drame:
Tony Richardson

Reviewed by:
Rating:
4
On 25 novembre 2019
Last modified:25 novembre 2019

Summary:

Brillant portrait d'un artiste du music hall, cabotin et escroc, qui tente de survivre à la déchéance de sa profession. Une composition mémorable de Laurence Olivier dans un film de la nouvelle vague anglaise

Brillant portrait d’un artiste du music hall, cabotin et escroc, qui tente de survivre à la déchéance de sa profession. Une composition mémorable de Laurence Olivier dans un film de la nouvelle vague anglaise

The Entertainer (1960)

(Le cabotin)

Réalisé par Tony Richardson

Ecrit par John Osborne et Nigel Kneale d’après la pièce de John Osborne

Avec Laurence Olivier, Brenda de Banzie, Roger Livesey, Joan Plowright, Alan Bates, Albert Finney, Shirley Anne Field,…

Direction de la photographie : Oswald Morris / Direction artistique : Ralph W. Brinton / Montage : Alan Osbiston / Musique : John Addison

Produit par Harry Saltzman pour Woodfall Film Productions

Drame

UK

Archie Rice (Laurence Olivier) est une star vieillissante du music-hall qui peine à remplir la salle de son théâtre dans la ville balnéaire de Morecambe. Archie rêve toujours du prochain spectacle, mais celui-ci pourrait être bien le dernier. Endetté, pressé par les huissiers, il doit passé par sa femme Phoebe (Brenda de Banzie) pour faire des chèques. Mais celle-ci ne supporte plus la précarité et les disputes s’accentuent. Si l’un de ses fils Frank (Alan Bates) travaille à ses côtés, son père Billy (Roger Livesey), lui-même ancienne star du musical hall, juge avec sévérité les efforts de son fils. Quand sa fille Jean (Joan Plowright), installée à Londres, vient passer quelques jours à Morecambe, les illusions s’effritent, et Archie tente un dernier coup de poker en séduisant une jeune femme Tina (Shirley Anne Field) dont les parents ont une affaire de boulangerie dans l’espoir de financer son prochain spectacle.

Au début réticent envers les “angry young men”, Laurence Olivier a découvert John Osborne et son fameux “Look Back in Anger”, la pièce qui va donner un coup de vieux au théâtre traditionnel qu’il incarne alors, sous la pression du dramaturge américain Arthur Miller (ex-mari de Marilyn Monroe). Dubitatif puis enthousiaste, Olivier demande à un Osborne incrédule de lui écrire un rôle sur mesure. Quelques semaines plus tard, Osborne lui envoie le script de “The Entertainer”. Olivier accepte aussitôt et la pièce débute à Londres en avril 1957 dans des salles combles.

Après le triomphe de l’adaptation cinématographique de “Look Back in Anger” (1959) par Tony Richardson, “The Entertainer” est mis en chantier. Richardson reprend la réalisation et Osborne co-signe le scénario avec Nigel Kneale (célèbre pour la série “Quatermass” adaptée au cinéma par la Hammer et qui avait déjà signé l’adaptation de “Look Back in Anger”).

Après “Look Back in Anger”, “The Entertainer” peut surprendre mais dans les deux films, les auteurs (Osborne, Kneale et Richardson) mettent en scène une société en train de s’effondrer. Archie est l’incarnation même du passé. C’est un artiste de music hall, forme de divertissement très populaire alors en voie de disparition, supplantée par la télévision. Il est conscient d’être un has been, mais refuse de baisser les armes et de migrer au Canada où Phoebe a de la famille qui a réussi dans l’hôtellerie. Il préfère prendre le risque de finir en prison à cause de ses montages financiers.

C’est aussi un film où les générations s’affrontent. Le père d’Archie est contre lui, et ses enfants ne s’investissent pas dans le music hall. Frank est le seul à travailler avec lui mais se dit prêt à franchir l’Atlantique à la moindre occasion. Sa fille est partie travailler à Londres comme assistante sociale pour s’occuper de jeunes délinquants, et son deuxième fils Mick (Frank Finley) s’est engagé dans l’armée et se retrouve en poste au Canal de Suez, envoyé à la guerre par la génération d’Archie. Archie devra-t-il son salut à Tina, jeune femme du même âge que sa fille ?

Laurence Olivier est incroyable dans un rôle à mille lieux de ce qu’il joue généralement (et qui lui vaudra une nomination aux Oscars). Il y a tout un monde entre Hamlet et Archie, entre un homme de théâtre habitué à jouer du Shakespeare et un acteur de music hall. C’est le divertissement de qualité contre le divertissement populaire. Et aussi deux versions du cinéma britannique car outre-manche les premières stars des comédies venaient justement du music-hall (Gracie Fields, Will Hay ou encore George Formby).

Ici, dans des rôles secondaires, Albert Finney et Shirley Anne Field seront bien entendu la même année les stars dans une autre production Woodfall, “Saturday Night and Sunday Morning” (1960) réalisé par Karel Reisz pour Woodfall.

Le casting impeccable comporte aussi Brenda de Banzie, remarquable dans “Hobson’s Choice” (1954) de David Lean, Alan Bates dans son premier rôle sur grand écran, Roger Livesey (l’un des acteurs fétiches de Michael Powell vu notamment dans “The Life and Death of Colonel Blimp” en 1943) ou encore la jeune Joan Plowright qui joue ici donc la fille de Laurence Olivier mais sera dans la vie sa 3e (et dernière) femme.

DVD-blu-ray UK. Studio BFI (2018). Version originale avec des sous-titres optionnels en anglais.

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