Un film d’aventures qui suit le voyage initiatique éprouvant et émouvant d’un jeune garçon propulsé dans la sauvagerie du monde suite au décès de ses parents 

Sammy Going South (1963)

Réalisé par Alexander Mackendrick

Ecrit par Denis Cannan d’après le roman de W.H. Canaway

Avec Fergus McClelland, Edward G. Robinson, Paul Stassino, Constance Cummings, Zia Mohyeddin,…

Direction de la photographie : Erwin Hillier / Direction artistique : Ted Tester / Montage :
Jack Harris / Musique : Tristram Cary

Produit par Hal Mason pour Michael Balcon Productions

Aventures

113mn

UK

Sammy Hartland (Fergus McClelland), 10 ans, est orphelin après que ses parents soient tués dans un raid aérien en Egypte. Le garçon décide de rejoindre sa tante à Durban, en Afrique du Sud. Sur le chemin, il rencontre Cocky Wainwright (Edward G. Robinson), un contrebandier de diamant.

Port Saïd, novembre 1956. Des hauts parleurs beuglent et les militaires s’activent dans les rues. De la terrasse de l’appartement de ses parents, situés sous les toits, Sammy regarde les camions passer et joue allongé sur le parquet du salon pendant que ses parents parlent avec appréhension de la guerre qui s’approche. Leurs amis sont déjà partis, mais pour le père il n’y a pas de quoi s’inquiéter. La mère, par contre, ne veut pas prendre de risque, et insiste sur le fait qu’ils doivent envoyer Sammy chez sa soeur Jane, qui tient un hôtel à Durban. La mère commence à préparer la valise de Sammy et lui annonce qu’il va sûrement partir bientôt… sans eux. A la radio, on parle de la crise du Canal de Suez.

Sammy se remet à jouer et descend dans la rue. Là il suit d’autres jeunes enfants égyptiens et se retrouve sur le port où des militaires s’activent… quand soudainement des avions anglais bombardent la ville. Paniqué, Sammy tente de rentrer chez lui, mais il découvre que son appartement est en ruines. Un camion emporte les corps de ses parents. Un adulte qui a aperçu Sammy demande à un petit Egyptien, camarade de jeu du petit garçon, de s’occuper de lui, mais l’autre garçon l’emmène dans une ruelle pour le battre en le traitant de « cochon d’Anglais ».

Sammy fuit, mais où va-t-il aller ? Il n’a pas le choix. Il doit rejoindre sa tante Jane à Durban. Quitte à faire le chemin à pied. Après tout, ça ne doit pas être si loin…

Chemin faisant, le petit Sammy va rencontrer des personnages plus ou moins bien disposés à son égard. Il apprend rapidement à se méfier des adultes, bien intentionnés ou pas. Il tombe ainsi sur un commerçant Syrien qui l’aide à traverser le désert mais qui semble plus intéressé par l’éventuelle récompense qu’il pourrait toucher de sa tante; une riche Américaine qui veut le ramener outre atlantique avec elle comme s’il était une sorte d’animal de compagnie et qui lance un Italien, détective improvisé, à sa poursuite quand il s’échappe; un vieux sage musulman qui veille sur lui avec bienveillance pendant un trajet en bateau ou encore dans la savane, un vieux chercheur et contrebandier de diamant, Cocky ( Edward G. Robinson) qui l’accueille comme s’il était son fils. Sammy va-t-il enfin pouvoir se poser ?

« Sammy Going South » est un voyage initiatique sensible et émouvant. Mackendrick prouve encore une fois qu’il est capable de filmer à hauteur d’enfant – peut-être plus encore que pour « Mandy ». Ici on vit le trajet avec Sammy, et les adultes n’existent que par leurs relations avec le jeune garçon. Le début du film est à ce titre très parlant. On entend les parents de Sammy, on voit la mère préparer sa valise mais on ne voit son visage que lors d’un plan bref. Et on retrouve toujours cette immoralité toute en ironnie qui plait tant à Mackendrick. Le seul adulte qui aidera vraiment Sammy dans son voyage, et l’accueillera, est celui dont la moralité est la plus discutable pour la société.

Le jeune Fergus McClelland, fils de l’acteur Allan McClelland, interprète ici son premier rôle à l’écran, et il est impeccable. Au cinéma on le retrouvera l’année suivante dans « The Pumpkin Eater » de Jack Clayton puis il fera de la télé jusqu’à la fin des années 60.  Il travaille aujourd’hui en tant que coach vocal !

C’est aussi un plaisir de revoir le grand Edward G. Robinson, acteur hollywoodien d’origine roumaine qui a fait le bonheur des amateurs de films de gangster de la grande époque. Mais bon il n’a pas fait que ça et on a droit ici à une belle performance, pleine de sensibilité.

Alexander Mackendrick, l’un des cinéastes majeurs de l’écurie Ealing, a réalisé quelques uns des joyaux du studio d’abord comme scénariste puis comme réalisateur. Sur les neufs films qu’il a réalisé, cinq ont été produit par le studio. Il a signé trois des comédies les plus connues de Ealing dont « Whisky Galore! » (1949), « The Man In the White Suit » (1952) et « The Ladykillers » (1955)  mais aussi la moins connue « The Maggie » (1954). Dans un genre très différent, il a également signé un drame sensible sur une petite fille sourde et muette « Mandy » (1952).

Après avoir tenté l’aventure américaine avec un film très réussi, mais qui a été un bide retentissant « Sweet Smell of Success » (Le grand chantage, 1957), Mackendrick retrouve Michael Balcon, l’ancien dirigeant d’Ealing (qui a entre temps fermé ses portes) pour un film d’aventures ambitieux, largement tourné en décors naturels. On s’en doute, le tournage a été compliqué. Par ailleurs, Balcon et Mackendrick n’avaient pas la même vision du film. Balcon voulait raconter une histoire plus positive et Mackendrcik tenait pour sa part au réalisme et voulait à tout prix éviter l’angélisme.

Dans la version présentée (le montage initial plus long de 15 minutes n’a pas été retrouvé), « Sammy Going South » est un compromis entre la vision de Balcon et Mackendrick, et demeure un excellent film d’aventures, à découvrir dans une édition française très acceptable (avec quelques erreurs dans les sous-titres toutefois) grâce à l’éditeur Tamasa.

Coffret zone 2 FR : The maggie / Mandy / Sammy Going South. Studio Tamasa (2018). Version originale sous-titrée en français. Bonus : interview de Charlotte Garson (70mn), Films annonces, livret 12 pages illustrées.

 

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