Un film d’horreur aux influences multiples qui prend racine sur les décombres du swinging London et du Flower Power. Avec un Peter Cushing en très grande forme

Corruption (1968)
(Carnage)
Réalisé par Robert Hartford-Davis
Ecrit par Donald Ford et Derek Ford
Avec Peter Cushing, Sue Lloyd, Kate O’Mara, Noel Trevarthen,….
Direction de la photographie : Peter Newbrook / Production design : Bruce Grimes / Montage : Don Deacon / Musique : Bill McGuffie
Produit par Peter Newbrook pour Oakshire Productions et Titan International Productions
Horreur
91mn
UK
Sir John Rowan (Peter Cushing), un chirurgien esthétique londonien reconnu, ne vit pas toujours très bien les mondanités de sa femme Lynn (Sue Lloyd), une ex mannequin obsédée par son apparence et la perte de sa jeunesse. Lynn se laisse persuader par son ex, Mike (Anthony Booth) un photographe de mode, de poser à nouveau pour lui et faire la une des journaux. Excédé par une séance photo improvisée, Rowan en vient aux mains avec Mike. Dans leur bagarre, un projecteur s’écroule sur Lynn, la brûlant gravement au visage. Rongé par la culpabilité, Rowan n’aura cesse dès lors de mettre toute son énergie à trouver une solution pour réparer le visage de son épouse.
Le miracle se produit mais la solution nécessite une greffe de tissus frais (qui poussera Rowan à utiliser des cadavres puis à commettre un meurtre). De plus la solution n’est que temporaire, les tissus greffés finissant par se détériorer, enfermant Rowan dans un cercle vicieux.
Via le personnage de Lynn, « Corruption » dresse un portrait acide de l’obsession de l’apparence et à la jeunesse du swinging London, caricaturé à l’outrance, mais annonce aussi la fin du flower power dans sa deuxième partie qui se déroule sur la côte où a fuit le couple et où il devra faire face à un gang de jeunes hippies qui s’en prend à Rowan et Lynn pour les cambrioler, ignorant que Lynn avait porté son dévolu sur la plus jeune du groupe. Qui est le plus monstrueux ?
Le film permet aussi de voir le chemin parcouru depuis « Frankenstein » (1957) déjà avec Peter Cushing. La violence est décuplée et le monstre est ici des plus humains (plus besoin du voile du fantastique pour tenir l’horreur à distance de la réalité). Les scénaristes, les frères Derek et Donald Ford, ont écrit un scénario original malin qui fait des clins d’oeil appuyés à Frankenstein justement mais aussi Jack l’éventreur et « Le portait de Dorian Gray » et « Les yeux sans visage ».
Robert Hartford-Davis qui avait déjà travaillé avec les frères Ford sur le gothique « The Black Torment » (1964) et le drame de sexploitation « The Yellow Teddy Bears » (1963) signe une réalisation solide qui n’hésite pas à flirter avec le grotesque, défigurant à coup de gros plans et de distortions plans le visage de Peter Cushing… qui n’a jamais été aussi effrayant.
La société productrice de « Corruption » Titan Films International a été fondé par Robert Hartford-Davis et Peter Newbrook avec de grandes ambitions. « Corruption » attirera l’attention de Columbia qui le distribuera avec succès outre-atlantique. Néanmoins la société ne produira en plus de « Corruption » que deux comédies (« Gonks Go Beat » et « Press for Time »). Un bilan loin de l’appel du duo à une renaissance d’un cinéma britannique qui serait capable de produire un remake « I Know Where I’m Going! » (1946).
Toutefois « Corruption » reste l’un des films d’horreur britanniques les plus réussis de la deuxième partie des années 60, étonnement toujours indisponible en France.
Blu-ray UK. Studio Powerhouse (2022). Version originale avec sous-titres optionnels. Nombreux bonus vidéo (non sous-titrés)

