Une observation quasi clinique sur l’amour qui s’étiole avec en toile de fond une crise sanitaire. Une étrange non romance !

80.000 suspects

80.000 suspects (1963)

Réalisé par Val Guest

Ecrit par Val Guest d’après le roman de Trevor Dudley Smith

Avec Claire Bloom, Richard Johnson, Yolande Donlan, Cyril Cusack, Michael Goodliffe, Mervyn Johns,…

Directeur de la photographie : Arthur Grant / Direction artistique : Geoffrey Tozer / Montage :
Bill Lenny / Musique : Stanley Black

Produit par Val Guest pour The Rank Organisation

Drame / romance

UK

Le Dr. Steven Monks (Richard Johnson) est en difficulté dans son mariage avec Julie (Claire Bloom). Une épidémie soudaine de varicelle éclate alors qu’il est sur le point de partir en vacances. Sa femme refuse alors de quitter la ville et la tension grandit encore dans le couple.

Les cloches sonnent, les gens sortent de l’église et rejoignent ceux qui dansent déjà sur la place. La caméra survole la place et s’approche d’un bâtiment. La caméra passe devant un panneau sur lequel il est écrit « Ville de Bath, une danse pour le nouvel an, en soutien pour la reconstruction de l’hôpital national royal ». Puis la caméra entre dans une salle remplie de gens bien habillés qui profitent d’une soirée dansante.

La fête bat son plein. Au milieu de la salle, un couple, le Dr Steven Monks (Richard Johnson) et sa femme Julie (Claire Bloom) essaient de danser, mais Steven ne semble pas très à l’aise et guide sa femme vers un coin un peu plus calme. La caméra s’attarde sur une femme seule qui danse, visiblement soûle avec son verre à la main. C’est Ruth (Yolande Donlan) qui jouera un rôle central dans le drame à venir. La musique s’arrête, on revient vers le couple. Un slow. Steven est heureux, c’est déjà plus de son niveau. Sa femme le traite de ringard en souriant, tandis qu’une jolie jeune femme souhaite une bonne année à Steven. « C’est une infirmière » explique Steven. « Moi aussi, j’étais infirmière » répond Julie « Et regarde où ça  m’a mené ». Steven se met alors à expliquer qu’à l’époque un contrat de mariage coûtait seulement deux livres, ce qui reste toujours six fois plus cher qu’un contrat d’adoption d’un chien… Sa femme sourit, lui propose de prendre un dernier verre avant de partir, mais le Steven refuse. Après tout il est en vacances demain…. Julie sourit, elle dit être devenue ennuyeuse et commande un double gin tonic au serveur. Alors que Julie est invitée à danser par un confère de Steven, ce dernier stoppe le geste du serveur prêt à servir une double dose de gin, sur le prétexte que sa femme plaisantait.

Tandis que Julie remercie son partenaire de danse pour l’avoir empêché de se comporter en femme parfaite, un jeune homme s’approche de Ruth et lui demande si elle veut danser. Rapidement Ruth entraine le jeune homme dans  les bains romains. Parti fumer, Steven tombe sur le jeune homme et Ruth, qui est la femme d’un confrère, en train de s’embrasser. Le jeune homme est gêné et s’éclipse. Steven fait la morale à Ruth. C’est un médecin prometteur, elle doit le laisser tranquille. Ruth répond qu’après tout, pour lui ça n’a pas l’air d’avoir nuit à sa carrière. Steven sourit, ‘j’ai pu me détacher ». Ruth répond, crâneuse, « Tu es sûr, Steven ? ». Steven change de sujet, parle d’un appareil photo qu’il a prêté à son mari, mais Ruth décide de plonger toute habillée dans l’eau !

Julie ramènera Ruth chez elle, mais le soir même Steven, qui est repassé à l’hôpital pour récupérer son appareil photo, accepte d’intervenir sur un cas problématique avant de rentrer chez lui. Il pronostique un cas de variole. Le lendemain matin, son pronostic est confirmé, et s’il veut toujours partir malgré le danger d’épidémie, sa femme refuse. Elle a été infirmière et souhaite apporter son aide dans la crise sanitaire qui s’annonce.

Le film emprunte un ton quasi documentaire à la fois dans sa description de la crise et dans l’observation quasi clinique d’un couple au bord de la rupture. Steven est un homme, distant limite froid, l’air toujours préoccupé, tandis que Julie s’enferme elle même dans un rôle de femme parfaite et d’épouse entièrement dédiée à son mari. L’épidémie est une excuse pour Julie de sortir du couple toxique qu’elle forme avec Steven et qu’elle ne supporte plus.

Sans révéler trop de l’intrigue, Ruth est à la fois la clé de leur couple et de l’épidémie, finalement plus vivante, jusqu’à l’auto destruction, que son mari et que le couple formé par Steven et Julie.

Contre toute attente, « 80.000 suspects » est bien plus un drame analytique sur deux couples des classes moyennes supérieures britanniques du début des années 60, engoncés dans les conventions jusqu’à se retrouver au bord de la rupture,  qu’un thriller sur fond d’épidémie ou une romance à proprement parler. Le titre et la punchline du fim « A story of passion in the city of fear » sont bien trompeurs, ce qui peut en partie expliquer l’échec commercial du film à sa sortie.

A noter l’omniprésence du prêtre catholique, joué par Cyril Cusack, conscience étrange des deux couples, comme le rôle de la salle de décontamination (à la fois physique et morale) qui voit passer quelques scènes clés.

« 80.000 suspects » est un film étrange, assez déstabilisant mais tout à fait digne d’intérêt, qui marque la fin de la grande période de Val Guest qui aura durée de 1955 à 1963. Période pendant laquelle il signe des films notables dans le domaine de la SF horrifique (« The Quatermass Xperiment« , 1955) , du film de guerre (« Yesterday’s Enemy« , 1959), du polar (« Hell is the City« , 1960), de la comédie musicale (« Expresso Bongo« , 1959) ou encore de SF apocalyptique (« The Day the Earth Caught Fire« , 1961) ! Une époque il faut dire prolifique qui le voit sortir jusqu’à quatre films la même année, dont il va pafois jusqu’à signer le scénario, la réalisation et la production !

DVD ou blu-ray UK. Studio Network (2015). Version originale avec des sous-titres anglais

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