Review of: Les diables
Drame historique:
Ken Russell

Reviewed by:
Rating:
5
On 29 mars 2020
Last modified:7 avril 2020

Summary:

Un film historique signé Ken Russel. Chef d'oeuvre absolu et le plus grand rôle d'Oliver Reed. Un scandale à sa sortie qu'on ne peut toujours pas voir (en 2020) dans sa version intégrale !

Un film historique signé Ken Russell. Chef d’oeuvre absolu et le plus grand rôle d’Oliver Reed. Un scandale à sa sortie qu’on ne peut toujours pas voir (en 2020) dans sa version intégrale !

The Devils (1971)

(Les diables)

Réalisé par Ken Russell

Ecrit par Ken Russel d’après le roman d’Adlous Huxley et la pièce de John Whiting

Avec Oliver Reed, Vanessa Redgrave, Gemma Jones, Dudley Sutton, Michael Gothard, Christopher Logue, Graham Armitage,…

Direction de la photographie : David Watkin / Production design : Derek Jarman / Direction artistique : Robert Cartwright / Montage : Michael Bradsell / Musique : Peter Maxwell Davies

Produit par Ken Russell et Robert H. Solo

Tourné aux studios de Pinewood

111mn (version X)

UK

Loudun (France) en 1634. Urbain Grandier (Oliver Reed) est un prêtre atypique qui aime trop les femmes et la liberté pour son bien. Après la mort du maire de Loudun, il a pris la tête de la ville en attendant les prochaines élections. Et il a fort à faire, car le cardinal Richelieu veut détruire les forteresses de la ville qui a pour tort de faire vivre en harmonie réformés et catholiques. Quand il met en sainte la file d’un notable local et que la soeur Jeanne (Vanessa Redgrave) se dit possédé par Grandier qu’elle aime secrètement, l’envoyé de Richelieu, le Baron De Laubardemont (Dudley Sutton) pense avoir trouvé la faille et organise un procès en sorcellerie.

Avec déjà à son actif une belle carrière à la télévision,  Ken Russell avait débuté au cinéma par une comédie “French Dressing” (1964) puis un film de commande “Billion Dollar Brain” (1967) avant de signer deux films provocateurs “Love” (1969) et “Music Lovers” (1971) qui rencontrèrent un grand succès public et critique. Le vent en poupe, Russell décida de s’attaquer à cet épisode tristement célèbre de l’histoire religieuse et politique française. Aldous Huxley a tiré un livre “The Devils of Loudun” de cette affaire en 1952 et le dramaturge John Whiting une pièce en 1961 commanditée par la Royal Shakespeare Company. Russell se basera sur ces deux oeuvres pour écrire le scénario de son film.

Le projet est financé par la fameuse société de production United Artists… jusqu’à ce qu’ils aient l’étrange idée de lire le scénario. Le film est alors tout simplement lâché en pré-production (comme EMI Films le fera huit ans plus tard  pour “Life of Brian“, autre film jugé blasphématoire par les catholiques). Le projet est alors repris par la Warner.

Le tournage se déroule sans incident notable avec un casting impliqué (Olivier Reed, déjà présent au générique des deux précédents films de Russell, est de retour – mais Glenda Jackson cède la place à Vanessa Redgrave). Pour les décors, Ken Russell donne sa chance à une valeur montante du théâtre avant gardiste, un certain Derek Jarman en lui demandant de respecter l’évocation d’Huxley d’un “viol dans des toilettes publiques” ! Russell est fidèle à lui même, ne recule devant aucune provocation et se refuse de signer une simple reconstitution historique. “The Devils” est son film politique, le seul, une dénonciation frontale sans retenue des pages les pus sombres de l’Eglise catholique.

Pendant le tournage, des rumeurs commencent à s’ébruiter. Ken Russell préparerait un film scandaleux avec des orgies de nonnes ! Ce qui n’est d’ailleurs pas faux. Evidemment, quand la censure anglaise (le BBFC) et le studio américain voient le film, c’est la déroute. Le secrétaire du BBFC écrit dans une lettre à un révérend américain que “Comme je l’avais anticipé, Ken Russell nous pose des problèmes épineux et je pense que le Bureau Catholique jugera que certains passages sont proprement inacceptables de leur point de vue. C’est bien entendu brillant, et cela pose bien entendu la question de savoir si la qualité artistique justifie une totale liberté.”

Les responsables du studio américain tranchent la question dès la première projection. Ils n’ont jamais vu une “merde aussi répugnante”. Un combat féroce est alors livré par le studio qui exige encore plus de coupures que les censeurs anglais. Une version expurgée sort sur le territoire américain, et une version plus complète qui répond aux exigences du BBFC et classée X sera montrés sur les écrans britanniques. Le film fera scandale et plusieurs villes britanniques refuseront que “The Devils” y soit projeté. Dans une séquence télé devenue culte, Ken Russell s’en prend en direct au critique Alexander Walker et le frappe avec sa critique.

Mais l’affaire ne s’arrête pas là. C’est la version américaine qui était depuis diffusée depuis sur tous supports….  jusqu’à ce que le BFI obtienne en 2012 l’autorisation de sortir la version X au Royaume-Uni en DVD (mais pas en blu-ray !). Heureusement l’édition est superbe mais le studio américain continue à ce jour de refuser que sorte la director’s cut de Ken Russell (une version non censurée aussi complète que possible) montrée lors d’une projection unique en 2004 au National Film Theater à Londres.

Alors évidemment “The Devils” n’est pas destiné à tous les publics, mais c’est un très grand film, un chef d’oeuvre indiscutable, qui dénonce une religion qui s’égard dans l’hystérie (et pas seulement celle des nonnes “possédées”), la cruauté et… le politique. La réalisation est parfaite, comme les acteurs (Oliver Reed tient ici son plus grand rôle !), les dialogues (tirés en grande partie de la pièce de Whiting), la direction artistique, les décors de Jarman ou encore la musique de Peter Maxwell Davies.

On doit un immense merci au BFI qui, en plus de rendre disponible un film devenu invisible dans une version correcte, a fait un superbe travail de restauration et a complété son édition avec de très nombreux bonus et un livret rempli d’informations sur la production du film et la censure dont il a été l’objet.

DVD zone 2 UK. Studio BFI (2012). Version originale avec des sous-titres optionnels anglais. Bonus : Livret de 42 pages, commentaire audio, documentaire sur la controverse du film (Hell On Earth, 2002), documentaire d’époque, court métrage de Ken Russell (“Amelia and the Angel”, 1958).

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