A la fois film criminel, drame social et romance excentrique entre deux jeunes épris de liberté, un portrait pas toujours très subtil mais assez juste d’une famille des classes populaires face aux profondes mutations de l’époque

A Place To Go (1963)

Réalisé par Basil Dearden

Ecrtit par Michael Relph d’après le roman « Bethnal Green » de Michael Fisher

Avec Rita Tushingham, Michael Sarne, Bernard Lee, Doris Hare, John Slater, Barbara Ferris,…

Direction de la photographie : Reginald H. Wyer / Montage : John D. Guthridge / Musique : Charles Blackwell

Produit par Michael Relph

Drame / Romance / Social / Crime

86mn

UK

Fils de docker vivant dans le quartier populaire londonien de Bethnal Green, Ricky Flint (Michael Sarne) est un jeune homme qui rêve de liberté. Il chante dans les bars et vit de petits boulots jusqu’à ce qu’il se laisse embarquer dans un gros coup par un truand local Jack Ellerman (John Slater). Ce malgré les avertissements du père (Bernard Lee). Mais que vaut l’avis paternel, quand celui-ci quitte soudainement son boulot de docker pour se mettre à son compte et jouer des tourds dans la rue avec un ex-collègue ? Pendant ce temps la famille Flint s’apprête à traverser deux bouleversements majeurs : la fille Betsy (Barbara Ferris) attend son premier enfant et la famille comme toute la rue est sur le point d’être relogée de force dans un HLM.

Au début des années 60, la nouvelle vague anglaise donne un coup de fouet au cinéma britannique en braquant le projecteur sur la jeunesse défavorisée et ses aspirations. Par sa thématique et son choix formaliste du noir et blanc, « A Place to Go » se rapproche de cette nouvelle vague. Par son éxecution, beaucoup moins. Fidèles à leur habitude, le réalisateur Basil Dearden et son fidèle partenaire Michael Relph (ici scénariste et producteur) choisissent le genre criminel pour traiter leurs sujets. Le choix du pluriel se justifie car au-delà des aspirations de Ricky, « A Place to Go » aborde la perte de l’autorité masculine dans le couple et le foyer à travers les parents de Ricky mais aussi la romance du dernier avec l’indépendante Catherine (Rita Tushingham) ou les interrogation de Betsy sur la vanité de ses aspirations à avoir sa propre maison mais qui se retrouve in fine excentrée et isolée. Tout ça sur fond de rénovation urbaine qui pousse les couches populaires en périphérie et détruit le lien social.

Dans ce monde changeant, le film semble donner raison à la mère qui regrette les envies de liberté de chacun : « La liberté ? J’en n’ai jamais voulu. J’aimais mes responsabilités. Ce qui compte vraiment vous enchaîne, c’est logique ! ».

Le film pêche par son symbolisme un peu lourd : dans son numéro de rue pas très au point, le père tente de se libérer seul des chaines qui le retiennent, Ricky offre à Catherine un oiseau et l’encourage à le libérer de sa cage (il manque aussitôt de se faire écraser et de finir entre les griffes d’un chat), Ricky évitera de justesse la prison en se fiançant avec Catherine,…

La liberté mais à quel prix ? Si donc « A Place To Go » n’est pas un modèle de subtilité, il reste que les personnages brossés avec justesse et les problématiques des couches populaires du début des années 60 très bien décrites.

« A Place to Go », dernier film « intimiste » de Dearden avant une fin de carrière dédiée aux production couleurs à gros budget aux ambitions internationales, reste injustement méconnu, malgré la reconnaissance justifiée dont le réalisateur bénéficie aujourd’hui.

Alors que j’écris ces lignes octobre 2026), il faut toujours se contenter d’un vieux DVD, espérer son passage occasionnel en streaming ou encore se rabattre sur sa disponibilité sur Youtube. Pas vraiment des conditions idéales de visionnage.