Une comédie dramatique au ton très noir qui détourne intelligemment les codes du cinéma américain

Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (2017)

(3 Billboards: Les panneaux de la vengeance)

Ecrit et réalisé par Martin McDonagh

Avec Frances McDormand, Woody Harrelson, Sam Rockwell, Caleb Landry Jones, Peter Dinklage…

Direction de la photographie : Ben Davis / Direction artistique : Jesse Rosenthal / Montage : John Gregory / Musique : Carter Burwell

Produit par Martin McDonagh, Peter Czernin et Graham Broadbent

Comédie dramatique

UK/USA

Après des mois sans que l’enquête sur la mort de sa fille ait avancé, Mildred Hayes (Frances McDormand) prend les choses en main, affichant un message controversé visant le très respecté chef de la police Willoughby (Woody Harrelson) sur trois grands panneaux à l’entrée de leur ville.

« Three bilboards… » s’appuie sur deux sous-genre américains qui ont connu leur heure de gloire dans les années 70, les revenge movies et les films sur l’Amérique profonde (ou films de ploucs). Le coup de génie de « Three Bilboards.. » est de reprendre des codes déjà bien établis tout en les détournant.

Mildred est bien décidé à provoquer les autorités pour faire avancer l’enquête, quitte à enfreindre la loi, puis à se faire justice elle-même. Dans un film américain normal, Mildred serait la mère courage, la victime immaculée. « Three Bilboards… » dresse un portrait bien plus mitigé. Mildred n’est pas parfaite, elle peut être même particulièrement désagréable et est finalement assez peu sympathique. Le manque d’humanité et de compassion du personnage est particulièrement évident dans les scènes avec « le personnage de petite taille » James (Peter Dinklage) qu’elle moque et rejette même après que celui-ci la sauve d’un joli pétrin.

Le personnage du flic rasciste Dixon (Sam Rockwell) est dans la même logique. Dans un bon film sur l’Amérique profonde, il resterait jusqu’au bout la pire ordure, de celles qu’on aime voir crever. Pourtant, contre toute attente, le personnage se relève moins misérable qu’à première vue. Il connaîtra même une certaine forme de rédemption.

Le chef de police Willoughby (Woody Harrelson) est une figure patriarcale, de celles qui sont vénérées par tous dans les petites communautés. Mais finalement, même si parfois on peut se demander si Mildred n’est pas injuste avec lui, jusqu’au bout on est en droit de se demander si ce personnage n’est pas juste un incompétent et un lâche, moralisateur de surcroît.

Dans « Three Bilboards… » les personnages et le déroulé de l’intrigue prennent à contre pieds les attentes des spectateurs. Le film mélange aussi un sujet des plus noirs (Mildred a perdu sa fille qui a été violée, tuée et brûlée par un ou des inconnus) à un humour très noir, assez brutal qui finit de déstabiliser le spectateur qui ne sait plus quelle émotion est attendue de lui. Doit-il pleurer, rire, rager ?

Etonnamment pour un sujet a priori très américain, « Three Bilboards… » n’a pas été écrit et réalisé par un Américain, mais par le londonien Martin McDonagh.

Depuis ses débuts remarqués avec « In Bruges » (2008), le scénariste et réalisateur Martin McDonagh est resté rare, effectuant un retour quatre ans plus tard avec « Seven Psychopaths« , film britannique mais se déroulant à Los Angeles avec un casting américain.

Avec son troisième long, il reste aux USA, mais cette fois-ci plonge dans l’Amérique profonde, tout en persévérant avec une recette qu’il maîtrise parfaitement : le film criminel, dont il modifie les codes en y injectant une bonne dose d’humour noir et d’absurde teinté de mélancolie à la touche très personnelle (en matière de comédie criminelle, McDonagh est plus proche des frères Coen que de Guy Ritchie par exemple).

Au niveau des acteurs, McDonagh joue la carte de la fidélité. Si Colin Farell était le héros de ses deux premiers films et ne fait pas cette fois-ci partie de l’aventure, deux acteurs du « Seven Psychopaths » sont de retour : Sam Rockwell et Woody Harrelson.

On pourrait voir un hommage de Mc Donagh aux films de Cohen, tant les rapprochements sont nombreux jusqu’à bien sûr l’utilisation de Frances McDormand, dans un rôle finalement assez proche (dans sa rugosité) de celui qu’elle interprète dans « Fargo » (1996) de Joel Coen (auquel elle est mariée depuis 1984). Ironie du sort, elle gagnera grâce à « Three bilboards… » son deuxième Oscar après « Fargo ».

« Three bilboards… » a reçu à sa sortie un très bel accueil public et critique – avec de nombreuses récompenses à la clé (dont les BAFTAs et les Golden Globes). Par contre il a manqué l’Oscar qui est allé cette année-là au mix improbable entre le film de monstres des années 50, le classicisme Disneyen et Amélie Poulain… j’ai nommé « The Shape of Water ».

DVD et blu-ray FR. Studio 20th Century Fox (2018). Sortie le 23 mai 2018.

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