Review of: The War Zone
Drame:
Tim Roth

Reviewed by:
Rating:
4
On 15 août 2020
Last modified:15 août 2020

Summary:

Un film dur et sans concession sur l'inceste. Le premier (et unique à ce jour) film de Tim Roth a marqué les esprits

Un film dur et sans concession sur l’inceste. Le premier (et unique à ce jour) film de Tim Roth a marqué les esprits

The War Zone (1999)

Réalisé par Tim Roth

Ecrit par Alexander Stuart d’après som roman

Avec Ray Winstone, Lara Belmont, Freddie Cunliffe, Tilda Swinton, Colin Farrell,…

Direction de la photographie : Seamus McGarvey / Production design : Michael Carlin / Montage : Trevor Waite / Musique : Simon Boswell

Produit par Dixie Linder et Sarah Radclyffe pour Channel Four Films, Fandango, Mikado Film

Drame

UK / Italie

Une famille londonienne part s’installer près de la côte dans le Devon. Un jour, Tom (Freddie Cunliffe), un adolescent est témoin d’actes sexuels entre sa soeur aînée Jess (Lara Belmont) et son père (Ray Winstone). Il s’en prend d’abord à sa soeur et tente de prévenir sa mère (Tilda Swinton) qui vient juste de donner naissance à une petite fille. Tiraillé par la haine et le dégoût, il ne sait pas comment faire face à la situation.

Dans “The War Zone”, le père et la mère n’ont pas de prénoms. Ce sont apparemment de bons parents avec deux ados et une petite dernière qui vient de naître. Le couple est soudé, le père attentif à ses enfants et à sa femme. Une famille normale, voire plus unie que la moyenne. L’inceste en est d’autant plus difficile à concevoir et à assimiler.

Tom ne sait pas vers qui diriger sa haine. Il s’en prend à sa soeur, Jessie, qui commence par lui mentir puis tente de lui faire comprendre que la vie est dure et qu’il va devoir faire avec. Jessie tente même de faire dépuceler Tom par une amie, comme si le passage à l’acte de Tom allait leur permettre de se rapprocher. Jessie se conduit comme si elle assumait ce qui lui arrive, et sa sexualité, ce qui n’est évidemment pas le cas.

Le film a des partis pris qui peuvent déstabiliser. Il ne fait pas du père violeur un monstre dans la vie. Il a tout d’un père aimant et protecteur. Et face à la rudesse d’un hiver sur la côte escarpée et balayée par la pluie, le foyer familial peut presque sembler une bulle réconfortante, d’autant qu’il accueille un bébé. Cette histoire d’inceste donne un coup dans l’estomac du spectateur. “The War Zone” ne cache pas la réalité de l’inceste, il n’est pas avare en moments durs comme la scène dans le bunker. L’inceste est montré sans détour. On est témoin, comme Tom. Le doute n’est pas permis.

Pour son premier film, tourné à l’âge de 38 ans, l’acteur Tim Roth, découvert dans “Made in Britain” (1982) d’Alan Clarke et “Meantime” (1983) de Mike Leigh, ne fait pas dans la facilité. Il attaque un sujet tabou de front, l’inceste. Un choix qui s’explique malheureusement par sa propre expérience. Enfant, il a été abusé sexuellement par son grand-père, comme son père avant lui. Pour lui, tourner “The War Zone”, adapté par Alexander Stuart de son propre roman, était une nécessité. Le film est d’ailleurs dédié à son père.

Tim Roth réussit à trouver un ton juste, même si la fameuse scène dans le bunker peut être la scène de trop pour certains (d’ailleurs la scène est largement écourtée dans la copie américaine). Ce n’est pas du voyeurisme malsain. Il est important que le spectateur voie de ses propres yeux la monstruosité de ce père a priori modèle.

Roth a su également trouver les bons acteurs et bien les diriger. Il n’a pas choisi ici non plus la facilité en retenant deux jeunes acteurs Lara Belmont (Jessie) et Freddie Cunliffe (Tom) sans expérience de l’écran. Un pari audacieux, mais réussi. Pour les parents par contre, son choix s’est porté sur deux acteurs très confirmés et également parfaits, Ray Winstone et Tilda Swinton.

Même s’il s’est parfois perdu dans des films d’action sans grand intérêt, Ray Winstone est capable du meilleur et, comme Roth, a tourné l’un de ses premiers rôles importants pour Alan Clarke (dans “Scum” en 1979). Il avait déjà joué le rôle d’un père monstrueux dans un autre film personnel d’un acteur, “Nil by Mouth” (1997) écrit et réalisé par Gary Oldman.

Il est d’ailleurs étonnant que ces deux acteurs, Roth et Oldman, pratiquement découverts en même temps dans “Meantime” de Leigh, aient tous les deux signé des films très personnels, sans concession, et bien accueillis par la critique, à la fin des années 90, et ne soient pas (à ce jour) retournés derrière la caméra. Chez ces deux acteurs, il y avait comme une urgence de communiquer une histoire très personnelle, d’exorciser un traumatisme. Dans les deux cas, on ne peut que saluer le résultat.

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