Une adaptation de Simenon, dénonçant les hypocrisies de la bourgeoise de province sur fond de Swinging England, transcendée par un James Mason impérial

Stranger in the House (1967)

Réalisé par Pierre Rouve

Ecrit par Pierre Rouve d’après le roman de Georges Simenon

Avec James Mason, Geraldine Chaplin, Bobby Darin, Paul Bertoya, Ian Ogilvy,…

Direction de la photographie : Kenneth Higgins / Production Design : Tony Woollard / Direction artistique : Tony Woollard / Montage : Ernest Walter / Musique : John Scott

Produit par Dimitri De Grunwald

Crime

UK

John Sawyer (James Mason), ancienne star du barreau, ne s’est jamais remis du départ de sa femme qui l’a quitté quinze ans auparavant. Depuis il vit enfermé chez lui dans sa maison de plus en plus décrépie, avec pour seul compagnon son whisky, de la musique classique, et l’ombre de sa fille Angela (Geraldine Chaplin) avec qui il parle à peine. Angela sort avec un groupe de jeunes des classes aisées, mais est tombée amoureuse d’un jeune immigré grec sans le sou, Jo (Paul Bertoya). Quand celui-ci est accusé du meurtre d’un marin américain (Bobby Darin) qui vivait sans que John Sawyer le sache dans son propre grenier, sa fille n’a pas pas d’autre choix que de le supplier de prendre la défense de Jo.

“Stranger in the House” est adapté librement d’un roman de Simenon écrit 27 ans plus tôt et dont l’action se déroulait en France. L’action est ici déplacée dans une ville moyenne de l’Angleterre à a fin des années 60. On baigne en pleine Swinging England (et non London) avec cette jeunesse privilégiée de province qui fait la tête pour tromper l’ennui et se dévergonder à peu de frais. Mais c’est aussi le portrait éternel d’une génération qui hait ses ainés et a peur de leur ressembler, tout en reproduisant les préjudices de classe et le racisme de la génération précédente. Jo est deux fois coupable pour les notables locaux de tous âges : il est grec et sa mère est une simple blanchisseuse.

L’hypocrisie de la bourgeoisie de province y est dénoncée avec délectation par un ex-membre de la communauté qui s’est disqualifié lui-même en sombrant dans l’alcool et la misanthropie. L’ultime combat de Sawyer sonne comme une vengeance contre ses congénères.

Il s’agit de l’unique réalisation du britannique d’origine bulgare Pierre Rouve, qui avait adapté (d’après Pagnol) et produit “Mr. Topaze” (1961) pour Peter Sellers (avec qui il travaillera à plusieurs reprises). Rouve signe ici également l’adaptation du livre de Simenon “Les Inconnus dans la maison” (1940). La réalisation est soignée (avec de belles idées en termes de décors et de mise en scène) mais les dialogues, pas toujours bien maitrisés et le jeu maladroit de quelques jeunes acteurs créent une certaine confusion. Le désir évident de faire un film branché (musique de “The Animals” à l’appui) aboutit 50 ans plus tard sur un film un peu cliché dans sa représentation de la jeunesse de l’époque (mais il y a pire en la matière).

James Mason est excellent dans ce portrait d’un homme qui suite au départ de sa femme, ne plus aimer, ni la race humaine, ni sa propre fille. Petite anecdote amusante, dans “The Deadly Affair“, tourné à la même période, James Mason porte également un bandage/plâtre sur la main droite. Simple coïncidence ou raison médicale ?

Dans le rôle de se fille, la toute jeune Geraldine Chaplin excelle (mais ce n’était déjà plus une débutante – elle avait déjà participé à “Doctor Zhivago” pour David Lean et “A Countess from Hong Kong” pour son père). Le marin Américain corrupteur est interprété par le chanteur et acteur américain Bobby Darin (qui mourra six ans plus tard à cause de problèmes cardiaques).

Bonne nouvelle, ce film très rare vient d’être réédité par le BFI dans sa collection “Flipside”. L’occasion de le découvrir donc dans des conditions optimales.

Combo Blu-ray/DVD UK. Studio BFI Flipside (2019). Version originale avec des sous-titres optionnels. Nombreux bonus

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