Review of: Petulia
Drame:
Richard Lester

Reviewed by:
Rating:
4
On 13 mars 2015
Last modified:1 novembre 2017

Summary:

Un film crépusculaire étonnant et brillant qui dégage une aura de fin du monde. Un chef d'oeuve signé Richard Lester

Un film crépusculaire étonnant et brillant qui dégage une aura de fin du monde. Un chef d’oeuve signé Richard Lester

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Petulia (1967)

Réalisé par Richard Lester

Ecrit par Lawrence B. Marcus

Avec Julie Christie, George C. Scott, Richard Chamberlain, Joseph Cotten,…

Directeur de la photographie : Nicolas Roeg

Musique : John Barry

Produit par Raymond Wagner

105 mn

UK

Petulia (Julie Christie) est une jeune femme mal mariée à David (Richard Chamberlain), un mari pourtant apparemment parfait (beau et issu d’une riche famille). Petulia accumule les aventures et porte son dévolu sur Archie (George C. Scott), un chirurgien d’âge moyen, pas vraiment beau ni séduisant, séparé de sa femme et père de deux enfants.

Petulia-1967-affiche« Petulia » est souvent présenté comme un film Américain ou au mieux une co production US/UK. Lester soutient pour sa part qu’il s’agit d’un film financé de sa poche donc britannique. Il s’est rendu aux Etats-Unis entouré de son équipe de tournage britannique dont Nicolas Roeg comme directeur photo (« nous avons dû embaucher des Américains pour faire plaisir aux syndicats mais je voulais faire travailler mon équipe et ils ont joué aux cartes pendant le tournage »).

Niveau casting, Richard Lester fait ici travailler celui qui demeurera son acteur préféré, l’Américain George C. Scott et une actrice qui détestait sa condition d’actrice, Julie Christie. Les deux sont en tout cas formidables dans leur rôle respectif.

« Petulia » marque le retour de Richard Lester aux USA qu’il avait quitté à l’âge de 20 ans.  Il filme ici San Francisco en pleine période hippie (on voit ainsi des images de quelques groupes symboliques de l’époque comme The Grateful Dead et Big Brother and the Holding Company).

Dans cette période charnière, Lester s’intéresse particulièrement à la classe aisée. Archie Bollen est un chirurgien âgé de la quarantaine qui traverse une sorte de crise existentielle. Petulia a fait un beau mariage mais trompe son mari. Un couple sur lequel pèse par ailleurs l’ombre du patriarche, Mr Danner (Joseph Cotten). A vrai dire, dans le couple Danner comme dans celui de Bollen, ou même dans celui que forment Petulia et Archie, il n’y a pas d’amour. Juste des individus qui se parlent sans se comprendre.

« Petulia » est aussi une réflexion sur la fin de l’innocence américaine sur fond de questionnement d’une relation amoureuse apparemment artificielle, de violence (domestique et nationale) aussi réelle qu’abstraite, et de fossé entre les couches pauvres et riches (personnifié par le jeune mexicain qui s’impose dans la voiture de Petulia, et qu’elle et son mari finissent par traiter comme un animal de compagnie qu’on peut abandonner sur le bord d’une route).

Quel film ! Déconcertant par ses idées de montage et ses flash backs, le film retombe sur ses pattes comme par magie à la toute fin. Jamais Lester n’a démontré aussi bien sa conviction qu’un film se fait dans la salle de montage (à la nuance près, précise-t-il, qu’ici le découpage était prévu en amont, dans le script).

« Petulia » n’est pas un film facile. La fameuse critique Pauline Kael a écrit à son sujet que elle a rarement vu un film « aussi désagréable, aussi peu aimable ». Et en effet, « Petulia » n’est pas un film divertissant, facile à appréhender, tout comme ses personnages dont on voit bien qu’on ne sait pas tout d’eux, qu’ils nous glissent entre les doigts.

Un étrange film donc, à la fois situé dans un espace temps très précis et dans une sorte d’abstraction intemporelle et spatiale. Le film a du coup bien moins mal vieilli que beaucoup d’autres de ses contemporains.

« Petulia » est le genre de film qui mérite un second visionnage (je l’ai vu en salle lors de l’hommage consacré par les festival Ecrans Britanniques à Richard Lester en sa présence – celui-ci a d’ailleurs quitté la salle précipitamment – affolé par la mauvaise qualité de la copie du film). Malheureusement « Petulia » est à ce jour (mars 2015) très difficile de le trouver en DVD (à part une édition espagnole).

[xrr rating=9/10]

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