Un détournement du film d’espionnage signé Pete Walker. Fauché, déséquilibré mais une curiosité divertissante et un brin provocante à redécouvrir pour les amateurs de thrillers seventies.

Man of Violence (1971)

Réalisé par Pete Walker

Ecrit par Pete Walker et Brian Comport,

Avec Michael Latimer, Luan Peters, Derek Aylward, Maurice Kaufmann,…

Direction de la photographie : Norman Langley / Montage : Peter Austen-Hunt / Musique :
Cyril Ornadel

Crime / Thriller

UK

Moon (Michael Latimer) est un tueur à gages installé à Chelsea. Doté d’une bonne réputation, les ennuis arrivent quand deux gangsters, Sam Bryant (Derek Francis) et Charles Grayson (Maurice Kaufmann) l’embauchent chacun pour surveiller l’autre. D’autant que Moon commence à se demander si ses deux commanditaires ne lui cachent pas la vraie raison de leur conflit.

Pete Walker bénéficie aujourd’hui d’une certaine reconnaissance pour ses films d’horreur des années 70 (« Frightmare« , « House of Whipcord » et « House of Mortal Sin » – tous trois d’ailleurs disponibles en blu-ray sur le territoire français). Par contre ce qu’il a fait dans les années 60 est largement ignoré. Parfois à bonne raison, il a fait beaucoup de courts qui avaient pour seule raison d’être de montrer des filles nues. Il s’est ensuite essayé à différents genres (comédie, crime, drame, horreur) mais toujours en y ajoutant une bonne dose de filles dénudées. Pete Walker est avant tout un réalisateur de cinéma d’exploitation, avec un goût pour la provocation.

Avec « Man of Violence », Pete Walker détourne le thriller d’espionnage (un classique du cinéma britannique) en y ajoutant comme d’habitude sa connaissance des bas fonds londoniens. On est à Chelsea, quartier plutôt arty donc, mais dont deux gangsters aimeraient bien prendre le contrôle. D’un côté Sam Bryant qui a une allure bonhomme de chef d’entreprise respectable (avec son embonpoint, sa moustache et sa calvitie) – et investit dans le bâtiment – mais qui trempe dans des affaires bien plus louches. De l’autre Charles Grayson, qui lui fait bien plus ouvertement dans le crime organisé (racket, prostitution, drogue,…).

Grayson et Bryant se connaissent bien, ce sont des anciens partenaires. Et si Grayson regarde aujourd’hui son ex partenaire embourgeoisé avec un mélange de dédain et de jalousie, il l’observe de près et commence à se douter que Bryant prépare quelque chose.

Entre les deux, Moon, truand ambitieux recruté par les deux gangsters pour se surveiller mutuellement, voire mettre un peu d’ordre. Mais Moon n’est pas un idiot, et les explications de ses deux patrons ne lui plaisent pas. Donc il creuse. Et il va déterrer une histoire où sont impliqués un ancien dictateur d’une république pétrolière en fuite, une somme colossaled’or, un groupe pop et une jolie blonde pulpeuse, Angel (Luan Peters) !

Moon n’est pas vraiment James Bond. C’est d’abord un truand arriviste, à la gachette facile. Il  plait aux femmes, mais couche aussi avec des hommes si besoin (par exemple pour tenter d’avoir une info). Bref, peu importe comment et avec qui, le principal c’est qu’il en sorte gagnant.

Pete Walker a toujours parié sur le marché international, où la censure a les ciseaux moins aiguisés, pour rentabiliser ses productions qui mélangent opportunisme et critique assez conservatrice des moeurs et de l’hypocrisie de la société permissive. Avec « Man of Violence », Walker visait le public d’ados américains qui fréquentent les drive-ins.

Réalisé avec un budget ridicule, « Man of Violence » arrive à donner le change avec son tournage entre Londres et la Tunisie (en décors naturels seulement), les formes généreuses et plusieurs fois mises à nu de Luan Peters, de multiples personnages patibulaires et un scénario alambiqué à souhait.

C’est pas toujours bien rythmé et Michael Latimer n’est pas très convainquant en tueur à gages. Un peu trop jeune et propret pour le profil. Mais voici un thriller fauché qui s’il ne bénéficie pas du savoir-faire et du professionnalisme (notamment au niveau des interprètes) d’un « Get Carter » ou de « Villain » sortis la même année, n’est pas inintéressant, loin s’en faut.

Combo Blu-ray DVD UK. Studi BFI Flipside (2009). Version originale sous titrée en anglais. Bonus : The Big Switch (1968) en version UK et internationale. Livret de 24 pages.

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