Une comédie romantique trempée dans l’acide, où Peter Sellers livre une prestation d’une sobriété et d’une noirceur inédites

Hoffman (1970)

Réalisé par Alvin Rakoff

Ecrit par Ernest Gebler d’après son roman

Avec Peter Sellers, Sinéad Cusack, Jeremy Bulloch,…

Direction de la photographie : Gerry Turpin / Direction artistique : John Blezard / Montage :
Barrie Vince / Musique : Ron Grainer

Produit par Ben Arbeid

Drame / Romance

UK

Janet (Sinéad Cusack) dit aurevoir à son fiancé Tom (Jeremy Bulloch) sur le quai de gare. Elle doit partir s’occuper de sa grand-mère pendant une semaine. Mais sitôt Tom hors de vue, Janet sort du train, quitte la gare et prend le taxi. Visiblement nerveuse, elle arrive chez un homme d’âge moyen, à l’air inquiétant, Hoffman (Peter Sellers). Il la dirige directement vers la salle de bain : “Donnez vous l’allure d’une femme qui veut être fécondée”.

On apprend au fil de l’histoire qu’Hoffman est le patron de celle qu’il appelle miss Smith. Il est amoureux d’elle mais elle a rejeté ses avances. Il l’a forcé à venir s’installer chez lui pendant une semaine en la faisant chanter (son petit ami Tom a commis un vol). Il la traite avec brutalité, refuse de l’appeler par son prénom (“pour ne pas l’humaniser”), ni de prendre pitié d’elle. Hoffman est très clair sur ce qu’il attend d’elle (une relation sexuelle).

Hoffman est un mysogine, un homme frustré qui haït les femmes qui ne seraient “que des trompes avec des dents”. Il a été marié, mais a femme semble avoir mystérieusement disparu. Et que cache cette porte fermée à clef ? Pourtant rapidement le masque tombe. Hoffman voudrait traiter Janet comme un objet sexuel mais n’y arrive pas. Et la peur de Janet se mue en colère ou en curiosité selon les moments.

Souvent classé parmi les comédies, “Hoffman” n’en est pas vraiment une. Ni par son sujet, quand même assez glauque, ni surtout par son traitement. Car avec une réalisation et des interprétations moins sobres, le film aurait pu être une sorte de comédie romantique de mauvais goût. Mais Peter Sellers y livre l’une de ses rares prestations non comiques (avec notamment “Never Let Go” dix ans plust tôt), et son personnage est glaçant, surtout dans la première demi-heure. Même si Hoffman s’humanise par la suite, il y a un fond de noirceur indélébile chez lui. Impression renforcée par la prestation étonnante de Sellers, toute en sobriété.

Face à lui, la jeune actrice irlandaise Sinéad Cusack (fille de Cyril) livre une belle prestation, très sensible. C’était son premier rôle en tête d’affiche après quelques apparitions à la télé et au générique de “Alfred the Great” (1969).

Le scénario d'”Hoffman” est adapté par l’écrivain et scénariste irlandais d’origine tchèque Ernest Gebler d’après son propre roman “Shall I Eat You Now?” lui-même adapté du scénario d’un téléfilm qu’il a écrit pour la prestigieuse anthologie d’ITV “Armchair Theatre” en 1967 “Call me dady” avec  Donald Pleasence et Judy Cornwell dans les rôles principaux.

Le script de Ernest Gebler est truffé des saillies misogynes d’Hoffman, grotesques tellement elles sont extrèmes ! Mais la raison de cette mysoginie est un peu simple. D’ailleurs les deux personnages auraient bénéficier d’un peu plus d’épaisseur. Et la fin n’est guère convaincante. Néanmoins “Hoffman” est un film étonnant, une comédie romantique trempée dans l’acide. Et l’interprétation de Sellers est vraiment unique. A noter d’ailleurs que l’acteur a détesté le film et voulait en racheter tous les négatifs.

De son côté, le canadien Alvin Rakoff, livre une réalisation également assez remarquable par sa sobriété. Formé à la télévision anglaise, Rakoff a signé son premier film en 1958 “Passport to Shame” avec Diana Dors et Herbert Lom. Il a signé plusieurs films de bonne réputation dont “The Comedy Man” (1964) mais il a fait l’essentiel de sa carrière à la télévision britannique.

A ce jour (janvier 2019), “Hoffman” est seulement disponible en DVD espagnol (en version originale avec des sous-titres optionnels en anglais). Et c’est très dommage. Ce n’est pas un film facile d’accès mais encore une fois la prestation de Sellers vaut le coup d’oeil.

 

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