Review of: Gothic

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4
On 7 octobre 2019
Last modified:15 octobre 2019

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L'horreur gothique revisitée. Flamboyant, morbide, grotesque, malsain, pervers et hystérique. Du pur Ken Russell

L’horreur gothique revisitée. Flamboyant, morbide, grotesque, malsain, pervers, hystérique et métaphysique. Du pur Ken Russell

Gothic (1986) Ken Russel

Gothic (1986)

Réalisé par Ken Russell

Ecrit par Stephen Volk

Avec Gabriel Byrne, Julian Sands, Natasha Richardson, Myriam Cyr, Timothy Spall,…

Direction de la photographie : Mike Southon / Production design : Christopher Hobbs / Direction artistique : Michael Buchanan / Montage : Michael Bradsell / Musique : Thomas Dolby

Produit par Penny Corke pour Virgin Vision

Horreur

87mn

UK

Gothic (1986) afficheJuin 1816. Shelley (Julian Sands) accompagné de Mary (Nathasha Richardson) et de la belle soeur de celle-ci Claire (Myriam Cyr) rejoignent Lord Byron (Gabriel Byrne) et le Dr Polidari (Timothy Spall) dans la villa Diodati à Cologny, un village dominant le lac Léman. Le quatuor se met dans l’idée d’écrire des histoires d’horreur mais suite à une invocation “pour pénétrer la nuit noire”, ils ont l’impression qu’un spectre veut leur mort et ils semblent sombrer tous un à un dans la folie.

Ce fameux séjour qui a réuni deux des plus grands poètes anglais et où Mary Shelley a imaginé la figure monstrueuse de Frankenstein et Polidori la figure du vampire moderne dans “The Vampyre” (bien avant “Dracula” de Bram Stoker) a toujours fasciné, et la villa Diodati est devenu dès le XIXe un lieu de pèlerinage pour tous les amateurs du mouvement romantique.

Au cinéma, la fameuse nuit est reconstituée pour la première fois en 1931 dans “The Bride of Frankenstein” où elle sert d’introduction. Mais évidemment quand une figure aussi excentrique du cinéma que Ken Russel s’en empare, le résultat n’est pas banal. Russel emprunte les codes du cinéma gothique popularisés par Universal dans les années 30 et la Hammer à la fin des années 50. Mais il n’essaie pas de faire peur. “Gothic” est un film d’horreur plutôt par la forme (il y a des images horribles et une ambiance morbide) que par la motivation (il n’y a pas de volonté de faire peur – enfin pas d’une façon traditionnelle). Disons que c’est un film sur l’horreur de l’existence humaine, celle-ci étant destinée à la décadence et à la pourriture – le film parle de l’interconnexion, de la relation intime entre la vie et la mort.

Alors que petit groupe prépare la séance de spiritisme dans l’espoir d’exorciser leurs démons, Mary est prise d’un malaise et sort de la pièce accompagné par le Dr Polidari :

– Parfois je ne les comprends pas

– Rien de plus facile, docteur. Ils veulent réveiller les morts.

– Vous désirez quelque chose ?

– Un remède contre la peur, si ça existe.

– La peur ?

– La peur des morts

“Gothic” est un film sur les démons et les peurs enfouies en chacun de nous. Ces cinq personnages aux destins tragiques sont hantés par leurs terreurs et c’est en les libérant à travers une séance de spiritisme et le laudanum (une teinture alcoolique d’opium très addictive très populaire au XIXe) qu’ils leur donnent corps et se mettent en danger.

De même, les figures de Byron et Shelley sont restituées dans toute leur dimension anarchique et amorale. Byron y est démoniaque et Shelley sur le point de sombrer dans la folie, emporté par sa dépendance à l’opium.

“Gothic” est interprété par des acteurs talentueux, et cette histoire étrange est sublimée par la folie visuelle de Russell. Il n’est pas facile à regarder pour autant car ces 87 minutes de folie macabre ne laissent que très peu de répit au spectateur. On peut tout à fait rester hermétique à la beauté vénéneuse, malsaine et hystérique de “Gothic” mais si vous vous sentez prêts à tenter l’expérience, elle ne vous laissera pas indifférente.

Ken Russel n’en avait pas fini avec le gothique car il adaptera sur grand écran “The Lair of the White Worm” de Bram Stoker en 1988 et l’univers d’Edgar Allan Poe en 2002 (sous la forme d’une comédie musicale) avec “The Fall of the Louse of Usher: A Gothic Tale for the 21st Century” !

Le scénariste Stephen Volk qui faisait ici ses débuts restera dans le domaine de l’horreur. Il co-signera “The Guardian” pour William Friedkin  ou plus récemment “The Awakening” (2011). Mais il signera son scénario le plus connu pour la télévision britannique avec la fausse émission de télé réalité “Ghostwatch” qui terrorisa la Grande-Bretagne le soir d’Halloween en 1992.

Notons qu’il s’agit du premier grand rôle de Natasha Richardson (fille du réalisateur Tony Richardson et de l’actrice Vanessa Redgrave), alors âgée de 23 ans. Timothy Spall, Gabriel Byrne et Julian Sands étaient encore au début de leur carrière mais Byrne et Sands particulièrement avaient déjà joué dans des films importants.

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