Un document inestimable sur le duo le plus punk de la comédie britannique. Un humour jusqu’au-boutiste et anarchique qui a été interdit dans les salles de cinéma

Derek and Clive Get the Horn (1979)

Réalisé par Russell Mulcahy

Ecrit par Dudley Moore et Peter Cook

Avec Dudley Moore, Peter Cook, Judy Huxtable,…

Documentaire / Comédie

89mn

UK

En 1978, les comédiens Peter Cook et Dudley Moore s’enferment dans les studios londoniens de Virgin pour enregistrer ce qui restera leur dernière collaboration,  le troisième disque de Derek & Clive. Cook décide de faire filmer la session d’enregistrement avec en perspective une sortie dans les salles de cinéma.

Pour expliquer l’importance de ce documentaire improbable, il faut revenir bien entendu sur ces deux acteurs qui ont formé à partir de 1960 l’un des duos comiques les plus influents de la deuxième partie du XXe siècle. Cook et Moore ont débuté ensemble sur les planches dans un spectacle satirique « Beyond the Finge » qui avait pour but de présenter au fameux festival d’Edinbourgh la crème des deux troupes étudiantes The Oxford Revue et The Cambridge Footlights. Sur scène avec eux, Jonathan Miller et Alan Benett qui accéderont également à la célébrité, l’un en tant qu’écrivain et scénariste, l’autre en tant que metteur en scène de théâtre et d’opéra.

« Beyond the Fringe » triomphe et se retrouve bientôt en tournée au West End et à Broadway. En 1961, Peter Cook ouvre son propre club de comédie à Soho « The Establishment » et co-fonde la revue satirique « Private Eye ». En 1964, Dudley Moore se voit offrir son propre show télé « Not Only… But Also » et décide d’inviter Cook à le rejoindre. Leurs personnages, Pete and Dud vont devenir des classiques de la télé britannique des années 60. Au cinéma on va les voir en seconds rôles dans « The Wrong Box » (1966) et « The Bed Sitting Room » (1969) et dans des rôles principaux avec « Bedazzled » (1967) et plus tardivement dans la parodie de Sherlock Holmes « The Hound of the Baskervilles » (1978).

Les personnages de Derek et Clive sont inventés en 1973 par Peter Cook et Dudley Moore lors d’une séance d’enregistrement pour tromper l’ennui et faire une pause dans une tournée américaine qui virait au cauchemar du fait des problèmes d’alcoolisme de Cook. Ils firent un test : essayer d’aller le plus loin possible dans l’humour offensant et anarchique, sans aucune barrière qu’elle soit d’ordre moral ou de bon goût. Pas prévu pour être distribué commercialement, des cassettes pirates font rapidement apparition et font beaucoup de bruit chez les jeunes et dans le milieu du rock. A tel point que les deux compères finissent par sortir un album officiel en 1976 (Derek and Clive Live). Un autre album suivra l’année suivante (Derek and Clive Come Again) puis un dernier en 1978 : « Derek and Clive Ad Nauseam ».

Le documentaire a donc été tourné pendant la séance d’enregistrement de ce dernier disque et donne un aperçu du duo à l’oeuvre, sans aucune barrière. Une poupée gonflable, des faux policiers ou encore une strip teaseuse apparaissent en studio pendant que Cook et Moore se délectent à raconter le plus d’insanités possibles, ponctuant chacune de leurs phrases d’insultes et de gros mots.

Derek et Clive, c’est l’équivalent du punk pour la comédie. Chez Derek et Clive, on n’hésite pas à se masturber sur le corps de Jean-Paul II, à raconter des histoires de pédophilie, de scatologie,.. Tout y passe. Même pour quelqu’un n’ayant pas l’habitude d’être facilement choqué, il devrait y avoir de quoi rester bouche bée devant une telle opération de destruction de toutes les limites de bienséance !

Exercice catharsique, défoulement ultime, l’esprit de ces albums se retrouve donc, sans aucune censure, dans le documentaire. « Derek and Clive Get the Horn » (littéralement « Derek et Clive ont la gaule ») va évidemment avoir quelques difficultés à sortir dans les cinémas. En fait, le bureau de censure refusera tout de go une distribution en salles (alors que les disques eux étaient déjà vendus à plusieurs centaines de milliers d’exemplaires). Une tentative de sortir le film directement en vidéo en 1984 va conduire à une intervention de la police et il faudra attendre 1993 pour qu’Universal, détentrice des droits, décide de sortir enfin une cassette vidéo interdite aux moins de 18 ans.

Evidemment « Derek and Clive Get the Horn » n’est pas toujours facile à regarder. Les deux compères se déchaînent sur le mode de l’improvisation et c’est à celui qui dira le plus de saloperies. Certains voient aussi dans l’attitude de Cook vis à vis de Moore les traces de sa rancoeur alors que celui-ci a mis plusieurs fois en pause leur duo est est en train de percer à Hollywood en solo (« 10 » de Blake Edwards sortira en 1979).

Mais c’est un document inestimable, jusqu’au-boutiste qui fait exploser les limites de la comédie. « Anarchy in the UK ! » chanteront les Sex Pistols en 1976. Ce n’est pas un hasard si cette même année, Cook et Moore sortiront leur premier album officiel de Derek and Clive !

Pour la petite histoire notons quand même que ce documentaire est le premier film signé par un certain Russell Mulcahy, jeune réalisateur australien, qui tournait alors des clips vidéo pour différents groupes (AC/DC, The Clash,…) et sortira en 1986 un certain « Highlander » !

DVD zone 2 UK. Studio Universal (2000). Version originale sans sous-titres.