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On 17 octobre 2020
Last modified:17 octobre 2020

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Une comédie musicale enlevée, mais pas si innocente, où deux artistes du music-hall se battent pour le coeur des spectateurs à coup de chansons sur l'alcool !

Une comédie musicale enlevée, mais pas si innocente, où deux artistes du music-hall se battent pour le coeur des spectateurs à coup de chansons sur l’alcool !

Champagne Charlie (1944)

Réalisé par Alberto Cavalcanti

Ecrit par Austin Melford, John Dighton et Angus MacPhail

Avec Tommy Trinder, Stanley Holloway, Betty Warren, Jean Kent,…

Direction artistique : Michael Relph / Montage : Charles Hasse / Musique : Ernest Irving

Produit par Michael Balcon pour Ealing Studios

Comédie / Musique

105mn

UK

En 1860, George (Tommy Trinder) accompagne son frère Fred, qui rêve d’une carrière de boxeur, loin de leur village minier de Leybourne pour se rendre à Londres. Direction le pub “Elephant & Castle” où les deux frères espèrent trouver le boxeur Tom Sayers (Eddie Phillips). Mais Fred a les poumons atteints par le charbon et après une démonstration dans la cour du pub, décide de rentrer chez lui. George s’apprête à faire de même, mais on lui propose une fortune, une livre la semaine, pour chanter. George n’en revient pas. Bientôt il est remarqué par Bessie (Betty Warren), la propriétaire de la salle de Music-hall “Le Mogador”. Mais en interprétant une chanson sur la bière, il s’attire les foudres d’un concurrent, The Great Vance (Stanley Holloway) qui estime qu’il a le monopole des chansons sur l’alcool !

“Champagne Charlie” est une comédie musicale en costumes tournée pendant la Seconde Guerre mondiale. Quel contraste avec la période de guerre et ses restrictions ainsi que nombre d’autres films de propagande qui dominent alors les écrans ! Ici on fait la fête et l’alcool coule à flot. L’Angleterre n’est pas unie face à un ennemi, mais est en guerre contre elle-même. Le bas peuple, représenté par les artistes du music-hall, doit se battre pour survivre contre les dictats de l’ordre moral et la culture sanctifiée par les élites, le théâtre.

George, alias Champagne Charlie, vient d’un village minier du nord avec son frère dont les poumons ont été abimés par la mine. Pour lui les lumières de la réussite sociale, réussite qui passe forcément par Londres, s’éteignent aussitôt. Charlie va avoir plus de chance de son côté, mais la reconnaissance passe forcément par le divertissement pour les classes sociales populaires. Pour celui qui est déjà arrivé au top, comme The Great Vance, il rêve forcément de sauter de l’autre côté du fossé et d’obtenir la reconnaissance de cette aristocratie et bourgeoisie qui domine la société. Lors de leur “affrontement”, Charlie arrivera à piéger son ainé en lui faisant croire qu’un noble l’invite à une soirée. The Great Vance y saute à pieds joints.

Sous sa bonne humeur constante, le film cache une critique sociale féroce. Une charge contre les dominants qui peut être résumé par cette envolée de George/Charlie devant la commission qui doit juger de la fermeture des scènes de music-hall.

“Ce pays est rempli de pisse-vinaigres qui veulent empêcher le petit peuple de s’amuser. On l’appelait l’« Angleterre heureuse ». Mais bientôt, si ces elle sera aussi joyeuse qu’un réveillon de noël au bagne !”.

Malgré la bataille forcenée qu’il met en scène entre le bas peuple et les élites, le film arrive à garder sa bonne humeur jusqu’à la fin, à l’exemple de ce duel au pistolet qui aurait dû finir dans la tragédie mais se transforme en un formidable moment de comédie. De même la romance qui parcourt le film, entre la fille de Bessie et le fils d’un aristocrate, semble pendant longtemps impossible et devoir se conclure sur la séparation inévitable des deux tourtereaux, issue de milieux sociaux trop différents. En se mariant à une danseuse de music-hall, le fils verrait son futur condamné.

“Champagne Charlie” est adapté librement de personnages réels, deux star du music-hall de l’époque victorienne. Le film est produit pour Ealing Studios, pas encore connu spécialement pour ses comédies. D’ailleurs le précédent film du réalisateur d’origine brésilienne Alberto Cavalcanti pour le studio est l’excellent thriller de propagande “Went the Day Well?” (1942). Cavalcanti, fameux documentariste, n’est pas vraiment dans son élément naturel en signant une comédie musicale tournée en studio mais le résultat est impeccable. Le scénario est signé par trois scénaristes expérimentés, John Dighton et Angus MacPhail avaient déjà travaillé avec Cavalcanti sur “Went the Day Well?”.

Dans le rôle titre, on trouve Tommy Trinder, un cockney qui a commencé sa carrière au music-hall à l’âge de 13 ans et apparait pour la première fois sur grand écran juste avant la guerre. Il fait ses débuts aux studios Ealing en 1940 avec la comédie de propagande “Sailors Three” mais y jouera aussi dans des drames “Somewhere in France” et  “The Bells go Down” (1943), très différents de son répertoire habituel. En incarnant ici une figure du music-hall, il revient donc dans son bain. Comme beaucoup de stars du music-hall, il va peiner à retrouver les écrans après-guerre. On le reverra néanmoins dans une poignée de films moins ambitieux dont “You Lucky People!” (1955) pour la petite société de production Adelphi Films.

Stanley Holloway, qui a fait ses débuts en poussant la chansonnette, peut ici montrer son talent vocal. Il avait commencé au cinéma en 1921, et a été particulièrement populaire dans les années 50 et 60. Pour la Ealing, il tourne aussi dans “Passport to Pimlico( (1949) et “The Lavender Hill Mob” (1951).

“Champagne Charlie” est un très bel hommage à cette forme de divertissement populaire trop souvent aujourd’hui méprisée mais qui a eu une influence majeure sur le cinéma britannique et dans la culture populaire.

En France, le film a été édité en DVD en 2004 chez Studio Canal dans sa collection Ealing Studios dirigée par Bertrand Tavernier.Comme d’habitude celui-ci livre une présentation du film débordante de passion. On peut encore aujourd’hui le trouver d’occasion ou neuf dans le coffret “Regards sur la société” avec un classique de la comédie Ealing “The Man in the White Suit” (1951). 

DVD zone 2 FR. Studio Studio Canal (2004) collection Ealing Studios. Version originale sous-titrée en français. Bonus : présentation par Bertrand Tavernier (21mn).

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