
La parution d’un nouveau livre en français sur le cinéma britannique est toujours un événement. En 2023, Jean-François Baillon et N.T. Binh nous avaient régalé d’un « Dictionnaire du cinéma britannique », proposant un regard neuf sur un cinéma pendant trop longtemps dénigré sinon délaissé par la cinéphilie française..
Ici c’est justement un cinéphile d’envergure, Patrick Brion, de s’intéresser à une tranche non négligeable du cinéma britannique : les films criminels souvent réunis sous la dénomination British Noirs comme dans a rétrospective de la cinémathèque française dédiée au sujet .en 2022.
Le livre sera publié en mai 2026 par l’éditeur Extralucide Films et peut être déjà réservé sur Ulule. Voici la présentation de l’ouvrage par l’éditeur :
« Meurtres, secrets, complots : au cinéma, l’Angleterre n’a jamais cessé de réinventer le crime !
Depuis The Lodger (1927) d’Alfred Hitchcock jusqu’aux polars contemporains, en passant par le réalisme intransigeant de La Lampe bleue (1950) de Basil Dearden ou la férocité de La Loi du Milieu (1971) de Mike Hodges, le cinéma britannique a fait du meurtre un miroir de la société.
De tous les genres, le polar est devenu une obsession nationale : énigmes à la Agatha Christie, thrillers d’espionnage en pleine guerre froide, films de gangsters d’une brutalité fulgurante, chroniques urbaines rongées par la violence et les classes sociales. Le polar anglais s’impose comme l’un des genres les plus inventifs du XXᵉ et du XXIᵉ siècle. Ses réalisateurs et ses acteurs tels que James Mason, Dirk Bogarde ou Michael Caine – formés au théâtre shakespearien – ont façonné un territoire criminel d’une richesse inattendue, trop longtemps éclipsé par Hollywood et par l’ombre écrasante d’Hitchcock.
Chez Extralucid, nous sommes très heureux et fiers de vous présenter cet ambitieux ouvrage, qui pour la première fois, expose l’histoire complète du polar britannique, de 1913 à 2024, en plus de 1700 films. Et pour nous plonger dans un siècle de noirceur à l’anglaise, peut-on rêver mieux que l’immense Patrick Brion, formidable passeur à qui nous devons toutes et tous des pans entiers de notre amour pour le cinéma ?
Des œuvres cultes aux trésors oubliés, nous avons besoin de vous pour que ce voyage de près de 700 pages dans ce patrimoine si typiquement anglais devienne une réalité.
« Le film policier a toujours été l’un des genres principaux de la production cinématographique britannique. Alors que le public anglais aime les comédies musicales, la production de films musicaux n’a jamais été aussi primordiale. Le cinéma d’aventures est resté marginal et le western – évidemment absent. Souvent brimé par la censure, qui d’ailleurs interdisait une partie des films fantastiques hollywoodiens, leurs homologues britanniques ne sont apparus que plus tard. Restent alors deux genres qui se sont taillé la part du lion, la comédie et le film policier. Ce dernier bénéficiait alors du sens exceptionnel du souci réaliste et documentaire de certains cinéastes (The Blue Lamp) et de la volonté de ceux-ci de peindre la société britannique avec ses conventions, ses contradictions et ses évolutions.

Un siècle de British Film Noir se veut le plus complet possible, répertoriant aussi bien les films à énigmes (tendance Sherlock Holmes et Agatha Christie) que les films de gangsters, de plus en plus nombreux au fur et à mesure que la permissivité de la production l’a permis. Les films d’atmosphère – même sans un crime ! – y figurent aussi. Sur 692 pages, cette encyclopédie rassemble plus de 1700 longs-métrages de manière chronologique, avec pour chaque année un rappel des faits majeurs affectant la production anglaise.
L’apparition des fameux « quota quickies » en 1927 a contribué à un développement très important du nombre des films policiers tournés en quelques jours et avec des budgets réduits. Une production de films de série B, trop longtemps sans doute sous-estimés et dont plusieurs titres sont de qualité. L’exceptionnelle originalité des films policiers hollywoodiens a contribué à faire oublier cette production d’œuvres mineures mais souvent intéressantes.
De même, la splendeur des films anglais d’Alfred Hitchcock, dès l’admirable The Lodger, a elle aussi nui à une approche plus précise de la production d’œuvres policières britanniques. Les premiers films d’Anthony Asquith en ont souffert et plus tard, un petit maître comme Lance Comfort a ainsi vu plusieurs films curieux être complètement oubliés. On peut également au fil de ces années voir combien l’enfance, marquée par la pauvreté et la guerre, joue un rôle important et a donné à de jeunes comédiens des rôles exceptionnels.

Durant son évolution, le film policier britannique a suivi celle de la société anglaise et de l’histoire même du pays. Le film policier a ainsi participé à la dénonciation du péril nazi et on se souvient de la part très importante prise à Hollywood – à la demande précise du gouvernement britannique – par les producteurs, réalisateurs et acteurs anglais dans la dénonciation du danger hitlérien.
Après avoir stigmatisé le Troisième Reich, la production anglaise a de même dénoncé l’espionnage venant de Russie. Alors même que le cinéma anglais a accueilli plusieurs cinéastes victimes de la chasse aux sorcières qui s’était abattue sur Hollywood (Joseph Losey, Jules Dassin, Cyril Raker Endfield, Carl Foreman), il a parallèlement stigmatisé (voir l’œuvre de John le Carré) la pénétration de l’espionnage soviétique au plus haut niveau des instances gouvernementales anglaises.

De même, les films anglais ont été parmi les premiers, grâce notamment à Basil Dearden, à parler ouvertement de l’homosexualité et des relations inter-raciales. Dès le début des années soixante-dix, le cinéma anglais, après avoir célébré le « Swinging London », ses jeunes filles et ses mini-jupes, a profité d’une certaine forme de libéralisation de la censure pour rendre compte (Get Carter / La Loi du milieu, Villain / Salaud, A Clockwork Orange / Orange mécanique) d’une société de plus en plus violente, celles des frères Krays et des hooligans. Aujourd’hui – et cela depuis quelques années – le cinéma anglais a sans doute perdu une partie de son originalité en raison de la part financière très importante prise par des financements américains.

Revoir le cinéma policier anglais c’est redécouvrir un genre prestigieux, d’Hitchcock à Basil Dearden, de John Guillermin à Lewis Gilbert, avec des acteurs exceptionnels, habitués à jouer au théâtre Shakespeare, Oscar Wilde et George Bernard Shaw et qui n’ont pas toujours ni à tout jamais été séduits par les sirènes hollywoodiennes: Ivor Novello, James Mason, Michael Caine, Jack Hawkins, Dirk Bogarde, Stanley Baker, Trevor Howard, Margaret Lockwood, Richard Burton et les autres. »

