Première palme d’Or méritée pour Ken Loach, « Le vent se lève » est une relecture engagée et sans fard de la guerre d’indépendance irlandaise (1919-1921).

The Wind That Shakes the Barley (2006)

(Le vent se lève)

Réalisé par Ken Loach

Ecrit par Paul Laverty

Avec Cillian Murphy, Pádraic Delaney, Liam Cunningham, Orla Fitzgerald,…

Direction de la photographie : Barry Ackroyd / Direction artistique : Michael Higgins et Mark Lowry / Montage : Jonathan Morris / Musique : George Fenton

Produit par Rebecca O’Brien

Drame/guerre

127mn

UK / Irelande / Espagne / Italie / Belgique / France

« Irlande, 1920. Des paysans s’unissent pour former une armée de volontaire contre les redoutables Black and Tans, troupes anglaises envoyées par bateaux entiers pour mater les velléités d’indépendance du peuple irlandais. Par sens du devoir et amour de son pays, Damien décide d’abandonner sa prometteuse carrière de médecin à Londres et rejoint son frère Teddy dans le dangereux combat pour la liberté… »

Ce n’est pas la première fois que Loach s’intéresse à l’Irlande du Nord. EN 1975, il aborde ainsi le conflit nord irlandais dans l’un des épisodes de « Days of Glory ». En 1990, il sort « Hidden Agenda » (Secret Défense ») sous la forme inattendue d’un trhiller contemporain complotiste – pour un résultat contesté.  Ici le regard change (ce n’est plus Jim Allen au scénario mais Paul Laverty). Mais que ce soit via ses coopérations avec différents scénaristes, on trouve toujours le regard acéré de Loach, peu prompt à la concession – et à la subtilité, diront certains. Contre vents et marées, Loach développe une filmographie toujours aussi engagée.

Ici, comme dans « Land of Freedom » (1995), il s’intéresse à une période historique de guerre civile destructrice. Après la guerre d’Espagne, Loach revient donc au conflit en Irlande du Nord. Après la déclaration d’indépendance de la République irlandaise en 1919, les forces britanniques tentent de remettre de l’ordre et répriment dans la violence les velléités de groupes d’Irlandais qui au sein de l’IRA mènent une véritable campagne de guérilla. Au bout de deux ans de conflit, un accord est signé, qui va mener dix mois plus tard à la séparation en deux de l’Irlande.

C’est cette période qui est traitée dans le « Le vent se lève ». Laverty et Loach décident d’illustrer ce déchirement de l’Irlande en deux par la relation entre deux frères. Teddy (Pádraic Delaney) est engagé dans l’IRA, alors que son jeune frère Damien (Cillian Murphy) s’apprête lui à partir à Londres pour travailler comme docteur dans un hôpital. La veille de son départ, Damien est témoin du meurtre d’un ami (qui a refusé de parler en Anglais) et du passage à tabac d’un cheminot qui a refusé faire monter des militaires britanniques dans son train. Ces deux événements vont le convaincre de rejoindre la cause de l’IRA.

« Le vent se lève » ne met pas un voile sur les violences des indépendantistes qui ici tuent sans un clignement d’oeil leurs bourreaux. Mais la violence extrême des Black and Tans (Noirs et Fauves), ces mercenaires envoyés par l’Etat britannique pour réprimer les Irlandais, est telle, que la réplique toute aussi violente de l’IRA semble pleinement justifiée. C’est la guerre, et les civils sont des victimes collatérales acceptables pour l’IRA – voire des cibles si elles trahissent la cause.

Laverty et Loach ne font pas de l’angélisme vis à vis de l’IRA, mais dénoncent surtout le jeu des autorités britanniques qui ont fait tout pour supprimer puis diviser le mouvement indépendantiste et vont provoquer l’éclatement du pays et des familles. L’histoire des deux frères Damien (l’idéaliste) et Teddy (le pragmatique) prendront un tournant tragique qui illustre ce déchirement.

Comme toujours chez Loach, le discours est clair, sans ambiguïté, qu’on le partage ou non. Fidèle à ses idées, il présente la révolution irlandaise plus comme une révolution sociale que nationaliste. L’histoire et les personnages sont au service du dit discours. Il est indéniable que l’histoire a une véritable force et les personnages, bien développés, donnent corps à un récit qui touche à l’universel.

« Le vent se lève » décrochera une Palme d’Or méritée à Cannes, qui permettra au film de connaître une plus grande diffusion au Royaume Uni (où sa sortie était initialement limitée à 30 écrans) et de devenir le plus grand succès commercial de Loach.

DVD zone 2 FR. Studio TF1 Video (2007). Version originale sous-titrée en français et version française.

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