Bide magistral et navet certifié, Super Mario Bros vaut-il mieux que sa sinistre réputation ?

Super Mario Bros. (1993)

Réalisé par Annabel Jankel et Rocky Morton

Ecrit par Parker Bennett, Terry Runte et Ed Solomon

Avec Bob Hoskins, John Leguizamo, Dennis Hopper, Samantha Mathis, Fisher Stevens, Richard Edson,…

Direction de la photographie : Dean Semler / Direction artistique : Walter P. Martishius / Production design : David L. Snyder / Montage : Mark Goldblatt / Musique : Alan Silvestri

Produit par Jake Eberts et Roland Joffé pour Allied Filmmakers et Hollywood Pictures

Comédie familiale / Aventures

104mn

UK / USA

Avant même de parler de l’histoire du film il est tentant de parler d’abord de celle autour du film. « Super Mario Bros. » est quasi-unaniment considéré comme un navet, un OFNI à peine regardable qui a coûté 42 millions de dollars pour n’en rapporter que vingt. Un bide magistral donc, qui de plus aurait porté malchance à tous ceux qui s’en sont approchés et qui aujourd’hui le renient avec force. Je récapitule : on aurait donc ici un navet-ofni-bide-maudit. Du lourd. Mais revenons au début.

Au début des années 90, le réalisateur Rolland Joffé (nominé pour deux Oscars pour « The Killing Fields » et « The Mission »,…) décide de passer à la production. Il s’intéresse alors à un plombier… mais pas n’importe lequel. Mario est un personnage créé par Ninendo devenue une star des jeux vidéos depuis la sortie de « Super Mario Bros. » en 1985 sur NES. Une rencontre pour le moins improbable donc mais pourquoi pas ?

Joffé, pas fou, s’associe à Jake Erberts, producteur d’origine canadienne expérimenté et doué qui a fait ses débuts sur « Chariots of Fire » (1981) avant de travailler sur « Le nom de la rose » (1986), « Dances with Wolves » (1990) ou encore « City of Joy » (1992) avec Joffé. Bref, le monsieur a du nez.

Malgré le projet étonnant, tout semble démarrer sous de bons auspices, et ce duo de haute volée convainc Nintendo de leur céder les droits. Mais les soucis commencent quand il s’agit d’écrire un scénario. Le background de notre plombier moustachu en salopette rouge est fin comme du papier à cigarette. Il faut donc plus ou moins partir de zéro. Joffé ne veut pas d’un simple film familial et aimerait appliquer une recette proche de celle que Tim Burton a appliqué sur Batman !

Un premier scénario est écrit par le scénariste oscarisé de… Rain Man, puis retravaillé à zéro par Jim Jennewein et Tom S Parker (The Flintstons). Les producteurs dégotent alors un couple de réalisateurs, les britanniques Annabel Jankel et Rocky Morton, qui ont à leurs actifs des clips inventifs, un thriller de réputation moyenne « Death on Arrival » (1986) avec Denis Quaid et surtout qui ont donné vie à « Max Headroom » (1985), un présentateur en image de synthèses qui a fait fureur dans la Grande Bretagne des années 80.

Sitôt engagés, Annabel Jankel et Rocky Morton jettent le script à la poubelle et repartent à zéro avec leur propre pitch qu’ils vont confier à Parker Bennett et Terry Runte. Ces derniers rendent un script qui sera peaufiné ensuite par le duo de scénaristes le plus confirmé de Grande Bretagne, Dick Clement et Ian La Frenais !

La pré-production prend de la vitesse, les acteurs sont engagés – avec dans le rôle titre Bob Hoskins, acteur réputé qui de plus avait triomphé dans des conditions aussi improbables avec « Who framed Roger Rabbit? » sorti en 1988. De son côté, le directeur artistique David L. Snyder (oui celui qui a donné vie à « Blade Runner » !) s’occupe du production design et commence à faire construire de grands décors d’un New York alternatif dystopien aux allures très sombres !

Pendant ce temps, les producteurs ne sont toujours pas convaincus par le script, et sans en informer les réalisateurs, le confie pour réécriture à Ed Solomon qui avait travaillé sur « Bill & Ted’s Excellent Adventure » (1988) et adaptera quatre ans plus tard pour le grand écran un certain comics du nom de « Men in Black ».

Du coup les réalisateurs, fâchés, prennent toutes les versions du scénario et font leur propre sauce. Pendant le tournage, la réécriture continue et le texte change du jour au lendemain. Dennis Hooper fait une crise mémorable, Bob Hoskins s’enferme dans sa villa payée par la production avant de découvrir que des membres de l’équipe du film avaient de l’herbe (ce dont il avait bien besoin pour tenir le coup).

De psychodrames en mélodrames, les réalisateurs sont virés deux semaines avant la fin du tournage et quand le film atteint enfin les écrans fin mai 1993, il se retrouve nez à nez avec « Jurassic Park » et « Mrs Doubtfire » ! Sans surprise, il sombre sans laisser de trace.

Il est facile aujourd’hui de ne retenir que cette histoire, assez rocambolesque, et d’ignorer le film. Pourtant, « Super Mario Bros. » est-il aussi désastreux que sa légende veut le faire entendre ? Après tout même l’improbable et difficilement excusable « Howard the Duck » (1986) a eu droit à une certaine forme de rédemption avec le temps ?

Déjà le concept, imaginé par les réalisateurs, laisse en effet dubitatif. Quand il y a plusieurs millions d’années, la fameuse météorite frappe la Terre et provoque l’ère glacière, cela engendre la création d’une Terre alternative. Les dinosaures ne se sont pas éteints, ils ont été projetés dans ce monde parallèle. Qui plus est, on nous demande de prendre pour acquis que les dinosaures, s’ils n’avaient pas disparu, auraient évolué vers une forme parfaitement humanoïde (à la différence près qu’ils continuent à naître dans des oeufs et qu’ils ont conservé un fort taux d’agressivité – en tout cas plus fort que les descendants des singes – je sais c’est dur à imaginer).

Mais après tout pourquoi pas ? Ce n’est guère plus ridicule et improbable que le scénario de la plupart des histoires de super héros ou que le créationnisme. En fait on est face à une histoire assez classique de deux frères plombiers qui vont sauver un monde parallèle d’un dictateur fou pour l’amour d’une belle jeune femme. Somme toute, une histoire de chevaliers et de princesses, comme dans le jeu vidéo original.

Si on oublie ses a priori, « Super Mario Bros » est une comédie d’aventures SF familiale, bien rythmée, bien produite (les décors et les effets spéciaux sont solides) et l’interprétation principale est très décente. Bob Hoskins est parfait en Mario (il réussit à éviter le ridicule) et c’est un plaisir de voir Dennis Hopper en dictateur descendant de T-Rex. L’histoire d’amour entre le jeune plombier pas très futé Luigi (John Leguizamo) et la brillante archéologue chef de chantier Daisy (Samantha Mathis)  n’est pas très vraissemblable, mais est-on vraiment encore à ça près ?

Bref on a vu tellement pire avant et depuis qu’on se demande pourquoi le film a une telle réputation… Evidemment les frasques du tournage et le bide retentissant y sont pour beaucoup, même si on ne peut nier que les errements de la production se voient parfois à l’écran (décalage de ton, raccords ratés,…). La volonté de Joffé de transformer le film en autre chose qu’un simple divertissement familial s’est heurté au mur de la réalité. Mario est un plombier moustachu et rondouillard, et ça a un peu moins de style qu’un beau gosse milliardaire qui se déguise en chauve souris pour redresser les torts. Mais à mes yeux, c’est ce qui rend le film attachant !

Blu-ray UK. Studio Second Sight (2014). Version originale avec des sous-titres anglais. Bonus : « This Ain’t No Video Game », making of, Original Electronic Press Kit,…

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