Un récit cruel avec des touches d’humour noir, porté par une superbe photographie et des personnages mémorables. Un Hitchcock injustement mal aimé.

Jamaica Inn (1939)

(La taverne de la Jamaïque)

Réalisé par Alfred Hitchcock

Ecrit par Sidney Gilliat et Joan Harrison d’après le roman de Daphne Du Maurier

Avec Maureen O’Hara, Charles Laughton, Marie Ney, Leslie Banks, Robert Newton, Basil Radford,…

Direction de la photographie: Harry Stradling Sr. avec Bernard Knowles / Montage : Robert Hamer / Musique : Eric Fenby

Produit par Erich Pommer

Tourné aux Associated British Elstree Studios

Crime / aventures

UK

« Au début du XIXème, une jeune irlandaise, Mary (Maureen O’Hara), rejoint en Cornouailles sa tante Patience (Marie Ney) dont le mari, Joss (Leslie Banks), tient une auberge perdue dans les landes, « La Taverne de la Jamaïque ». Elle finit par découvrir peu à peu qu’il s’agit d’un repaire de brigands et décide de se réfugier auprès de sir Humphrey Pengallan (Charles Laughton), un inquiétant juge de paix… »

Au XIXe siècle sur la côte cornouaillaise, un soir de tempête, un gang de brigands attire un bâteu vers la falaise afin de le faire s’échouer. Ils pillent ensuite le bateau et massacrent l’équipage pour ne pas laisser de témoin. Pendant ce temps, Sir Humphrey Pengallan (Charles Laughton), juge de paix de la région, festoie dans son château. Mais une jeune femme Marie (Maureen O’Hara) vient frapper à sa porte car elle doit se rendre à l’auberge de la Jamaïque. Malheureusement pour elle, le conducteur de la carriolle a refusé de l’y déposer car c’est un lieu de sinistre réputation. Qu’importe pour Mary, car c’est là que vit sa tante, son seul parent encore en vie. Sir Humphrey accepte de l’y accompagner, mais sur place, elle est reçue froidement par son oncle Joss (Leslie Banks). Alors qu’elle est dans sa chambre, elle est le témoin d’une tentative de pendaison d’un des membres du gang, Jem (Robert Newton). Sans hésiter, Mary coupe la corde pendant que les brigands se disputent à côté les boucles de chaussure du pendu !

« Jamaica Inn » est le vingt-troisième film de Hitchcock et son dernier film britannique (jusqu’à… « Frenzy » en 1972). Très gros succès à l’époque, le film est aujourd’hui un peu boudé dans la cinématographie d’Hitchcock. C’est en tout cas un film très différent de ce qu’il a tourné auparavant et de ce qu’il tournera par la suite. Voici a priori un film d’aventures en costumes. Mais bon c’est du Hitchcock et bien entendu l’histoire tourne autour de tueurs sadiques et d’une superbe jeune femme !

Les personnages sont bien développés et portés par des acteurs hors paires. Charles Laughton en fait un peu trop et cabotine (parfois à la limite du comique), mais après tout son personnage est censé être complètement fou. Maureen O’Hara est sublime et joue Mary, une jeune femme pas idiote qui en 24 heures, arrivée fraîchement de son Irlande natale après la mort de sa mère, chamboulera complètement un réseau criminel fort bien organisé. Notons aussi la prestation de Leslie Banks, détestable à souhait mais avec quelques nuances dans le rôle du chef des brigands, qui avait déjà tourné avec Hitchcock dans sa première version de « The Man Who Knew Too Much » (1934) ou pour Michael Powell dans « Red Ensign » (1933). Sans parler de tous les membres du gang, très bien dessinés par leurs acteurs respectifs (on pourra toujours discutailler sur le fait d’avoir fait interpréter un personnage de 17 ans par un acteur qui en parait dix fois plus). Bref c’est du beau boulot. Evidemment dans ces cas là, le héros, ici Jem (Robert Newton), semble un peu pâlichon… et ça ne manque pas. Heureusement que Mary est là !

La photographie et les décors sont impressionnants, d’autant que le film a été tourné entièrement en studio ! Bien sûr, quelques artifices se voient, mais le résultat visuel demeure impressionnant.

Il s’agit aussi de la première adaptation qu’Hitchcock tournera d’un film de Daphné Du Maurier. A l’époque il pensait adapter son roman « Rebecca », mais Charles Laughton lui proposa de réaliser « Jamaica Inn ». Charles Laughton agit ici en tant que producteur et acteur principal. Il place également  sa protégée, l’actrice irlandaise Maureen O’Hara, au centre du film à ses côtés. Hitchcock accepte le challenge en se disant que ça lui servira toujours pour obtenir ensuite les droits de « Rebecca » auprès de Daphné Du Maurier. L’adaptation fut difficile malgré l’intervention du dramaturge JB Priestley et se heurta à la censure du fait que le méchant est un pasteur dans le roman ! Et le résultat déplaira à Du Maurier. Et quand il s’agira de négocier les droits pour « Rebecca », il faudra finalement tout l’appui et l’argent du producteur américain David O. Selznick pour convaincre Du Maurier qu’Hitchcock était un bon choix ! Je suppose que pour « The Birds » (1963), l’écrivaine fut ensuite moins difficile à convaincre !

L’éditeur Carlotta français nous livre ici une superbe copie qui bénéficie du travail de restauration financé par Cohen Media Group avec la collaboration du BFI. A redécouvrir d’urgence !

Blu-ray et DVD FR. Editions Carlotta (2015). Version originale sous-titrée en français. Bonus : « Naufragés en studio » (13 mn) par Donald Spoto

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