Une fable sur l’étrange transition qui conduit à la perte de l’enfance, montrée à travers l’histoire d’une jeune fille de 12 ans. Un joli film surprenant entre réalisme et fantastique

Bird (2024)

Ecrit et réalisé par Andrea Arnold

Avec Nykiya Adams, Franz Rogowski, Barry Keoghan, Jason Buda, Jasmine Jobson,…

Direction de la photographie : Robbie Ryan / Production design : Maxine Carlier / Montage : Joe Bini / Musique : Burial

Produit par Sarah Cloke, Lee Groombridge, Juliette Howell, Tessa Ross

Drame

119mn

UK / USA / France / Allemagne

C’est peu dire que ce nouveau film d’Andrea Arnold était attendu. Son dernier long métrage de fiction datait de 2016 avec « American Honey » qui lui avait permis d’empocher son troisième prix du jury à Cannes (qui dit mieux ?). Entre-temps, elle n’avait cependant pas chômé en réalisant outre-atlantique quinze épisodes pour trois séries (« I Love Dick », « Transparent » et « Big Little Lies »). Puis en signant un documentaire suivant le quotidien tragique d’une vache et de sa progéniture.

Arnold est doublement en territoire connu. D’abord parce qu’il s’agit à nouveau d’un portrait d’une jeune femme (ou plutôt une jeune fille ici), issus des classes populaires, avec son lot d’obstacles à franchir mais une volonté de s’affirmer malgré tous les obstacles mis sur son chemin. Ensuite, parce que ces trajectoires sont des miroirs de sa propre histoire.

Ici, elle va encore plus loin, car l’action se déroule dans la cité du Kent où elle a grandi, dans une famille monoparentale, premier enfant d’un couple encore adolescent et ainée de trois frères et soeurs. Mais peut-être pour créer de la distance avec ce personnage qui lui ressemblerait trop, elle introduit ici pour la première fois le fantastique dans sa démarche cinématographique.

« Bird » raconte une semaine dans la vie de Bailey (Nykiya Adams), une jeune fille de douze ans, qui vit avec son père Bug (Barry Keoghan) et son demi-frère Hunter (Jason Buda) dans un squat. Le film, qui se déroule sur une semaine, démarre quand son père, un marginal excentrique, lui apprend qu’il va se remarier… dans tout juste une semaine. On imagine le chamboulement dans la tête de cette pré-adolescente ! Choquée par la nouvelle, elle va réagir en cherchant refuge… à l’extérieur. D’abord en intégrant un gang de jeunes justiciers, ensuite en se liant d’amitié avec un étrange personnage prénommé Bird (Franz Rogowski).

C’est l’histoire d’une jeune fille qui en une semaine doit abandonner l’enfance et devenir « femme ». Une transition inévitable et chaotique montrée avec ce mélange improbable de brutalité et de tendresse typique du cinéma d’Andréa Arnold quand elle aborde ces destins au féminin. Là encore, elle a l’audace de choisir comme interprète principal une jeune fille/femme sans expérience du cinéma qu’elle transforme brillamment en actrice. Et il faut bien dire que comme ses prédécesseures, Nykiya Adams est formidable, très bien soutenue par deux acteurs expérimentés,  Barry Keoghan et l’Allemand Franz Rogowski.

Même si Andrea Arnold rejette l’expression, il y a dans cette fable une pointe de réalisme magique, due à l’intrusion du fantastique dans un univers bétonné, même si ce fantastique est lié à quelque chose de très concret : la nature et les animaux incarnant une certaine naïveté qui disparait (ou tout au moins se transforme) quand elle rentre en choc frontal avec la réalité et avec la perte de l’enfance.

J’ai parlé de « naïveté » mais dans un sens péjoratif. Comme toute fable, « Bird » est remplie de symboles et de métaphores qu’on pourrait ici disséquer pendant des millers de lignes. Mais le meilleur moyen de saisir « Bird » reste encore de le voir. Vos interprétations ont autant de valeurs que les miennes.

Sortie dans les salles françaises le 1er janvier 2025.